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Et si on s'y Mettet tous ensemble !

Ni marché africain ni médiévales en 2017

10 déc 2016
Pierre Wiame
L'Avenir
Basse-Sambre, Régions du samedi 10 décembre 2016, p1

Blessé, mais pas renversé, le partenaire MR de la majorité du bourgmestre fait bloc. Il accepte le déculottage humiliant pour sauver celle-ci.

Ce n’est qu’une tempête, pas un naufrage. Acculée à reconnaître des entorses à la loi sur les marchés publics, et des dépenses inconsidérées par défaut de contrôle, la majorité s’est ressaisie. Elle ne se déchire pas. Elle tient le cap. C’est du moins l’avis de l’échevin de la Culture et de l’Enseignement Claude Boussifet. Ce dernier admet les fautes: oui, des factures ont été mal libellées. Oui, il y a eu de la confusion. Oui aussi, le MR a dû poser des gestes forts et accepter des concessions pour restaurer la confiance, fussent-elles humiliantes. Mais, pour le reste, tout baigne, ou presque.

Rappel: Arnaud Maquille est l’ex-échevin du Patrimoine. Lundi, au collège, il a dû avaler une fameuse couleuvre: céder au bourgmestre (une de plus) sa compétence du Patrimoine, à laquelle il s’est donné corps et âme depuis 2012. L’humiliation absolue: être ainsi déculotté par ses pairs. Mais l’humiliation nécessaire et salutaire, pour sauver la majorité après les fracassantes révélations du groupe minoritaire ROPS. Le 24 novembre, il l’avait politiquement assassiné, en déballant publiquement un embarrassant bidouillage comptable. Mea culpa pour le MR donc, pied à terre et fierté rentrée.

Car, lundi, après Arnaud Maquille, l’échevin Boussifet s’est entendu dire qu’il vaudrait mieux, pour la paix du ménage (et du conseil communal), renoncer à l’organisation des Médiévales et de la seconde édition du marché africain de Ouagadougou. Or, ce sont ces deux «bébés», auxquels il a donné trop d’argent public. Lors de cette même séance du 24 novembre, Damien Floymont (ROPS) avait étrillé la gestion de ces deux événements populaires, sympathiques en soi, mais trop peu cadrés financièrement et finalement déficitaires. Ce que Claude Boussifet, mettant beaucoup d’eau dans son vin, a accepté, pour ne pas davantage ternir l’image de la majorité. Hier, il a reconnu que le marché de Ouagadougou a bel et bien coûté trop cher, tout en faisant un appel du pied à un partenaire privé pour le retenter, si l’envie était là. En tout cas, il ne vit pas la mesure comme une sanction, mais comme un choix qui s’imposait au vu des circonstances.

À ceux qui penseraient la majorité cdH-MR menacée d’implosion, l’échevin de la Culture rassure: «Arnaud a posé un geste fort, vis-à-vis de la minorité et de la population. Humainement, il est blessé mais il garde toute notre confiance. Ceux qui pensaient casser la coalition se trompent. On sort même ressoudé de cette épreuve.» Ce serait moins évident que cela: lundi, en marge du dîner de la saint Nicolas du personnel, Boussifet aurait tenu des propos injurieux à l’endroit de l’échevin des Finances Jacques Ruth.

Des jeux?

Le MR le proclame partout où il peut, sur Facebook notamment: ce à quoi on assiste à Mettet, – ce lynchage honteux du MR – ne serait que spectacles, pains et jeux. «Il ne manque plus que la mise à mort du groupe et le tableau sera parfait. Commentez, ajoutez-en une couche, jasez… nous resterons debout» peut-on lire sur le réseau social. Debout quoiqu’il leur en coûte, même déculotté? Oui. Pour Claude Boussifet, la campagne électorale a commencé. Pour Maquille, on veut lui faire payer le non choix du PS (ROPS) comme partenaire de majorité en 2012. «Qu’ils viennent sur le terrain, ils comprendraient ce que nous vivons» lance-t-il à ses détracteurs.

En face, le groupe ROPS en tombe de sa chaise: «Nous ne sommes jamais que des lanceurs d’alerte. Nous n’avons jamais fait que notre boulot, qui est celui de contrôler. Le ferait-on juste pour être calife à la place du calife? Ce n’est quand même pas la voie directe pour arriver au pouvoir. En dénonçant un dysfonctionnement, on se fait d’ailleurs toujours plus d’ennemis que d’amis. Quant à Claude Boussifet, nous l’avions prévenu bien avant qu’il allait droit dans le mur avec le marché de Ouagadougou. Il n’a jamais fait profil bas. Nous n’avons fait que répondre à ses provocations.» La prochaine séance du conseil, le 19 décembre, devrait être animée. ROPS aurait encore des biscuits dans sa boîte.

Le cdH aurait-il laissé faire?

L’échevin Boussifet lave l’honneur du MR dans cette affaire de compta bidouillée et mouille clairement son partenaire cdH. «Nous sommes deux et nous gardons chacun confiance en l’autre. Ce qui se passe renforce notre coalition. Car tout ce qui a été signé par l’échevin Maquille l’a aussi été par Yves Delforge et l’échevin des Finances.» Traduction: tous les échevins sont embarqués sur le même bateau. On tombe, ils tombent…

Vite dit

Écœuré et dégoûté

Arnaud Maquille vit mal attaque aussi frontale de son honorabilité. Il reste écœuré et dégoûté par la teneur des propos qui ont été publiquement proférés à son encontre. «On les a relayés en bloc et sans nuances». Il ne pourra pas faire le reproche à l’Avenir d’avoir répercuté sans nuances puisque son discours de défense a été reproduit quasi in extenso. Expédié dans les cordes, il avait déclaré le 24 novembre faire de la politique pour aider les gens, de façon désintéressée, dans l’intérêt supérieur des citoyens. Sur ce point, sa sincérité avait ému. «Jamais un euro n’est sorti en dehors de l’administration communale», ce dont personne ne doute. Arnaud maquille n’a rien commis d’immoral.

Des bras cassés?

Ce qui interpelle par contre, ce sont les arguments qu’il donne pour défendre le pilotage très libéral de son budget: «J’ai toujours dû pallier à des manquements, à un manque de suivi des dossiers techniques par du personnel communal qui est, soit non remplacé et non disponible, soit malade ou sous qualifié.» À l’entendre, il rame dans une galère, au milieu d’une bande de bras cassés ou d’abuseurs du système. «J’ai demandé à maintes reprises des mesures pour moderniser ce mode de fonctionnement datant des années 60, qui ne permet plus une gestion optimale.» L’échevin lance un débat: Ces lois sur les marchés publics, pourtant modernisées, resteraient-elles inadaptées à la réalité des communes? Des communes en général ou du seul terrain local de Mettet? Mettet la rurale serait-elle en retard d’une guerre? Souffrirait-elle d’un mal étrange qui expliquerait la démotivation des équipes, la lenteur des interventions, parfois l’incurie ou la mauvaise réputation du personnel? Pour Arnaud Maquille, cela semble ne faire aucun doute. Dura lex sed lex. La loi est dure mais c’est la loi.