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Et si on s'y Mettet tous ensemble !

Des arbalètes aux canons tus de 1918

10 Jan 2018
Pierre WIAME
L'Avenir
Régions - Basse-Sambre - p5 du 10 janvier 2018

L’an 2018 sera charpenté par une commémoration grandiose de la fin de la guerre 14-18. Soutien et budget plus limités pour les Médiévales.

La Culture, depuis le printemps, se trouve désormais entre les mains de l’échevine Isabelle Doneux. Entre autres nouveautés appelant à la mobilisation des acteurs culturels, la commémoration de la fin de la guerre 14-18, sur fond d’appel à la paix et à l’amélioration du vivre ensemble, sera la ligne de force de cette année anniversaire.

La Brabançonne, exaltant le Roi, la Loi, la Liberté, lévitera du côté d’Oret, où la mémoire de la Grande Guerre est entretenue par des passionnés rigoureux. Bien que folklorique, la Marche Sainte-Remfroid n’est pas exclue du devoir moral de se souvenir des souffrances passées. Chaque année, en effet, son cortège rappelle dans ses uniformes les tenues des soldats français qui sont venus combattre et mourir à Oret en août 1914. On y retrouve des soldats d’infanterie, des artilleurs, des zouaves, des tirailleurs algériens et des dragons sur leurs chevaux.

Le projet de ces historiens réunis au sein du comité de la Marche a séduit. Une somme de dix mille € est d’ailleurs inscrite au budget.

2 expositions majeures, et provinciales, et un grand week-end commémoratif, à la mi-août, amplifieront l'appel à la paix.

La commémoration, le temps d’un week-end d’août (probablement les 11 et 12 août), reconstituera avec beaucoup d’allure un bivouac de troupes et régiments français (voir ci-dessous). Voilà pour le côté spectacle. Pour ce qui est du message, l’échevine mettra l’accent sur le retour de la paix et de la vie. « Il faudra dépasser la barbarie, tourner la page des horreurs des tranchées et des combats sanglants pour célébrer l’Armistice, porteur d’espoir et d’une liberté nouvelle au sein d’une Europe ravagée.» Ce qui n’empêchera malheureusement pas les haines nationalistes de déclencher une nouvelle apocalypse mondiale, 20 ans plus tard.

Mettet commémorera et se souviendra de ses morts, aux noms gravés dans les pierres des monuments comme autant de rappels que la liberté n’est pas une fatalité et que la paix peut parfois, insidieusement, se faire vampiriser par des déflagrations mortifères.

Quelle force arrêtera cela?

La manifestation commémorative rappellera aussi que, bien qu’éloignée des villes, la campagne de Mettet sera çà et là incendiée, terrorisée, dévastée, théâtres d’exactions, d’exécutions au poteau, d’atrocités et de meurtres abominables qui ne peuvent être oubliés. Des récits hallucinants, vus de 2018, ressurgiront, ainsi que des témoignages glaçants comme celui du pharmacien Berlier décrivant l’arrivée des Allemands à Mettet, pillant maisons, boulangeries et pâtisseries. « Le passage des troupes, c’était quelque chose de colossal. Aussi loin que l’on pouvait voir, ce n’étaient que des piques de casques à pointe et des baïonnettes au canon des fusils. Les soldats marchaient dans un ordre admirable en chantant “ La Garde du Rhin ”. Cela représentait quelque chose de terriblement impressionnant.Je me disais: ”Quelle force pourrait jamais arrêter une armée pareille?” »

Deux expositions provinciales, itinérantes par nature, prendront peut-être place, en octobre (mais avant les élections) dans la salle de Biesme, totalement rénovée. Elles traiteront des «Figures d’exil. Le grand brassage des populations» et de la «Reconstruction». Jean-Jacques Hauquier, de Mettet, aussi érudit qu’un conservateur de musée, en sera l’animateur enthousiaste. «Entre les deux expositions dit-il, j’évoquerai des détails de la guerre par un quiz, en faisant parler une panoplie d’objets ayant marqué le conflit.» Parmi les reliques exhibées, un obus tiré par un canon français de calibre 75 ou un allemand de calibre 77. «Tiré de Mettet, il pouvait atteindre Aisemont (Fosses), il avait une portée de 7 km. Cela donne une idée de la puissance de feu de cette Grande Guerre, pour la première fois industrielle, fauchant des milliers de vies.» Un objet vaut toujours mieux qu’un long discours.

Isabelle Doneux a l’ambition que la culture, dont la connaissance de la Grande Guerre, soit accessible gratuitement au plus grand nombre. «Car, même en 2018, les ferments de la guerre couvent toujours quelque part. Les jeunes de notre commune doivent savoir qu’ils se nourrissent toujours du rejet de l’autre et du repli sur soi.»

La commémoration de l'Armistice charpentera 2018. Ce sera un hymne à la paix et au vivre ensemble.

Soutien limité aux Médiévales

Les Médiévales auront-elles lieu? Pour rappel, deux éditions ont eu lieu, à chaque fois déficitaires et très critiquées. Elles n’ont d’ailleurs pas eu lieu en 2017. «Je ne suis pas contre l’idée, je ne veux pas repousser ce projet, mais celles-ci ne rentrent pas dans mon programme de 2018 où l’accent est mis sur la Grande Guerre.» L’association «Les semeurs de culture» est bien sûr toujours libre de l’organiser, avec le soutien du collège communal et un budget… limité. La formule précédente n’avait en effet pas convaincu.

Ambiance festive «Armistice»

Au sein du bivouac, chaque campement proposera une attraction. Le 136e d’infanterie un jeu de découverte des uniformes des différents belligérants à l’aide de figurines et de photos. Le 14e d’artillerie des jeux anciens pour petits et grands. Au 3e zouave, un quiz qui replongera le public dans l’atmosphère des villages en 14-18, tous marqués par des événements traumatisants, exodes, fusillades, nombre de morts.
Oret fut marqué par des combats meurtriers les 23 et 24 août 1914.
Au 3e tirailleur algérien, le jeu consistera à retrouver des artistes contemporains de la Première Guerre.
Chez les Dragons: joutes équestres, attaques au sabre sur mannequins, sauts d’obstacle et exercice de lance. Enfin, un char à bancs tiré par deux chevaux emmènera les visiteurs dans les rues du village, fleuries et décorées pour l’occasion. Du matériel d’époque sera exposé, ainsi que des photos glanées dans les archives. Ce campement sera décoré en ambiance festive «Armistice». À l’entrée, la reconstitution d’un portail rappellera celui qui fut érigé à la hâte sur la place de Mettet, en 1918, à la gloire des alliés, où l’on pouvait lire: «Bienvenue à nos valeureux libérateurs».
Lors de ce week-end anniversaire, en août, l’organisation proposera aussi une marche «Sur les traces des combats». Juste quelques km par les Bruyères, jusqu’à la stèle du capitaine français Pelin (tué par des Français, un dommage collatéral comme on dit) et la table d’orientation à la Belle Haie, à Biesme. À la nuit tombée, un feu d’artifice clôturera ce week-end de la mémoire.

 

En 1918, abandons de matériel lourd sur la place de Mettet, par les Boches (d’usage à l’époque), selon les conventions signées à Versailles. EdA

En 1918, abandons de matériel lourd sur la place de Mettet, par les Boches (d’usage à l’époque), selon les conventions signées à Versailles. EdA

L’arrivée en fanfare des libérateurs anglais sur la place de Mettet, en 1918. EdA

L’arrivée en fanfare des libérateurs anglais sur la place de Mettet, en 1918. EdA