Robert Joly quitte la présidence du PS namurois: "Les affaires Publifin, Samusocial,... m’ont moralement fatigué"

13 juin 2017
Wendy Auteri, Jean-Luc Papart, Xavier de Brabander
La Nouvelle Gazette
Sambre & Meuse, 13 juin 2017

Il avait déjà poussé un coup de gueule sur l’attitude de certains socialistes suite à l’éclatement de l’affaire Publifin. Cette fois, Robert Joly va plus loin : le socialiste démontre son ras-le-bol en démissionnant de sa fonction de président de la Fédération PS de Namur.

Robert Joly a pris sa décision : il quitte la présidence du PS namurois. Il affirme qu’il n’a pas pu atteindre les objectifs qu’il s’était imposé : «  Je voulais améliorer l’image de Parti Socialiste. Mais les affaires Publifin, ISPPC, Samusocial m’ont constamment plombé. Je suis moralement atteint et fatigué...  », nous confie-t-il.

Il reste néanmoins premier échevin de l’entité de Mettet.

« Les affaires m’ont moralement fatigué »

Il avait déjà poussé un coup de gueule en janvier dernier, durant le scandale Publifin. Aujourd’hui, Robert Joly a pris une décision importante : il quitte sa fonction de président de la Fédération PS de Namur. Il affirme que les affaires qui éclaboussent le PS depuis des mois l’ont « moralement fatigué ».

Pourquoi avez-vous décidé de quitter la présidence de la Fédération PS de l’arrondissement de Namur ?

J’avais déjà été président durant une dizaine d’années mais j’étais revenu voici deux ans. Il y a plusieurs raisons à mon départ, mais, principalement, je n’ai pas atteint les objectifs que je m’étais fixé. Je voulais rendre le PS plus ouvert, lui donner une meilleure image vis-à-vis du public. Et, c’est vrai, force est de constater que les affaires de Publifin, l’ISPPC, le Samusocial ont constamment plombé cette volonté. Je vois mon départ comme un geste de protestation.

Ces affaires, qui éclaboussent le PS depuis plusieurs mois, vous ont touché ?

Oui, bien sûr. Moralement, cela m’a atteint et je suis fatigué. Et je ne suis pas le seul, vous savez. Que les choses soient claires : j’ai un certain âge, mais je ne suis pas fatigué physiquement. Mais je dois opérer des choix. Et quand je suis arrivé à la tête de la Fédération PS de Namur, j’ai toujours dit que j’étais un président de transition. Aujourd’hui, il y a des gens plus jeunes qui font partie d’une nouvelle société. Je leur laisse ma place.

En janvier dernier, en plein scandale Publifin, vous aviez effectivement appelé Elio Di Rupo, le président du Parti Socialiste, à laisser la place aux jeunes.

Il faut effectivement désormais donner plus de place à la génération suivante. Ces gens-là doivent prendre leur responsabilité. Il est temps que le PS aborde des questions de fond. On doit se demander quel comportement on doit adopter quand on est au pouvoir. En nous regardant, la population doit se rendre compte que nous sommes exemplaires. Il faut reconnaître qu’à cause des affaires actuelles, le PS est plutôt en pole position, mais dans le mauvais sens…

Demandez-vous à nouveau à Elio Di Rupo de laisser la place et de se remettre en question, comme vous l’aviez fait en janvier dernier ?

M. Di Rupo a pris des décisions depuis les affaires. Mais il y a quand même eu un manque d’anticipation de sa part. Il était entouré de personnes qui devaient savoir ce qu’il se passait et il n’a rien fait…J’espère que mon départ servira de déclencheur, que d’autres se rendront compte de la situation. Il faudra décider si on laisse la situation perdurer ou si on change les choses.

Ne pensez-vous pas que votre décision soit perçue comme une tentative d’éviter d’être éclaboussé par ces scandales ? Que la population imagine que vous partez parce que vous avez quelque chose à vous reprocher ?

Honnêtement, je m’en fiche carrément. Je pense que ce n’est plus à mon âge (NdlR : il est âgé de 67 ans) que je vais commencer à cacher des choses ou à me justifier. Je ne quitte pas le PS, je reste notamment premier échevin dans la commune de Mettet. Mais j’espère évidemment que le navire ne coulera pas et qu’il y aura une réaction au sein du parti.

Qui pour vous succéder à la présidence ?

Je n’en ai aucune idée, honnêtement. Mais, encore une fois, je souhaiterais que ce soit quelqu’un de plus jeune, d’une autre génération.

« Robert avait amené un esprit de rénovation »

Quand nous l’avons contacté mardi après-midi, Jean-Marc Delizée n’était pas au courant de la démission de Robert Joly. « C’est une surprise », débute le bourgmestre et député fédéral de Viroinval. « Je ne connais pas les motivations de Robert, mais j’imagine qu’il n’a plus le temps nécessaire à consacrer à ce rôle relativement ingrat. Il est devenu voici peu échevin à Mettet, et comme je le connais il assumera sa charge pleinement. Il a aussi son boulot, sa famille… Tout ça demande du temps et de l’énergie.

Après plusieurs changements à la tête de la Fédération namuroise, il avait rétabli une certaine stabilité et sérénité dans une fonction qui, rappelons-le, est bénévole. Il avait amené un esprit de rénovation et de réflexion. Il incarnait une dynamique aussi, comme avec ce 1er Mai à Philippeville qui avait rassemblé les Fédérations des arrondissements de Namur et Dinant/Philippeville, ou encore ce congrès provincial organisé avec Freddy Cabaraux. »

« Rassembleur »

« On perd quelqu’un de bien. »

Voilà les premiers mots de Christine Poulin à la sortie du Parlement wallon.
« Robert Joly est un homme de convictions et de compétences », ajoute la bourgmestre de Walcourt. « J’appartiens à la Fédération socialiste de Dinant-Philippeville présidée par Jean-Claude Maene, mais je sais que Robert pouvait se montrer rassembleur.
Mais, finalement, est-ce étonnant de voir quelqu’un d’aussi acharné se décourager de la sorte ?
La pression et le regard des gens sont devenus difficiles à supporter avec toutes les affaires qui ont éclaté. Je suppose aussi que Robert compte se recentrer sur certaines de ses activités et charges, à commencer par son échevinat à Mettet. »