Quand les femmes conseillent…

29 oct 2016
Pierre Wiame
L'Avenir
Basse-Sambre, p6 du 29 oct 2016

La minorité ROPS met son nez suspicieux dans la comptabilité communale. Pour elle, la majorité cdH-MR est en panne. Elle annonce un déballage.

«Jacques n’est pas là, il est tombé d’un mirador (de chasse)– et ce n’est pas moi qui l’ai poussé -, mais je suis frustré». La citation est signée Robert Joly, de la minorité ROPS, en guise d’introduction à tout ce que lui inspire le budget de l’année en cours. Un peu de promenade badine, un peu d’enfumage, comme pour tromper l’ennemi, avant une charge nettement plus martiale. L’avocat de citer ensuite Aragon, «La femme est l’avenir de l’homme», citation reprise par Jean Ferrat dans l’une de ses immortelles chansons. Mais Robert Joly n’est pas au conseil pour faire profession de culture. Il veut saluer par là les deux directrices de l’administration de Mettet, la directrice générale et la directrice financière, pour leur courage et leur efficacité. Et Joly, dans la foulée de l’hommage, de les lire avec gravité: Lætitia Delplanque, la DG: «Il est nécessaire que l’administration dispose d’un inventaire précis de l’état des bâtiments communaux. Trop de demandes sont formulées sous le couvert de l’urgence. Il est nécessaire que chacun ait une lecture attentive de son budget et de la consommation de celui-ci afin de ne pas mettre en péril le bon fonctionnement de l’administration. Pour ce qui est des travaux (l’extraordinaire), il faudrait prioriser…»

De la directrice financière, Marie-Noëlle Bocart: «Les demandes d’augmentation de crédit ne sont pas spécialement compensées par des propositions de diminution de crédit budgétaire […] Les estimations de certaines dépenses ne sont pas assez précises.» Il n’en fallait pas plus pour allumer le feu.

Joly: «On est là loin d’une gestion optimale. Je lis que vous ne prévoyez pas les événements mais que vous les subissez. Que, à défaut d’actions préventives, vous gérez dans l’urgence. Et vous remplacez des chaudières. quand elles tombent en panne.»

«Arnaud, tu es gentil!»

Le groupe ROPS semble avoir de gros flingues bien chargés sous son manteau. «On creuse, on gratte et on constate que c’est inquiétant». Pourquoi cette subite curiosité? Tout est parti d’un festival de village – le marché de Ouagadougou, qui fut quand même un four – et de dépenses suspectes ou surfaites.

Robert Joly, attaquant: «C’est fondamental de prioriser, en mode pluriannuel, et vous ne le faites pas. À défaut d’attitudes préventives, vous confiez dans l’urgence des marchés à untel et untel. Et cela dysfonctionne», manifestement à plein tube.

Le 1er échevin, Arnaud Maquille, assume le principe de l’urgence: «La vétusté de nombreux bâtiments communaux – une septantaine – est marquée. J’ai hérité de cette situation. Si je n’ai pas d’argent et de budget, je ne sais pas acheter et répondre immédiatement aux situations d’urgence et je ne sais pas procéder aux réparations ou aux remplacements de chaudières. Les budgets d’entretien étant faibles, ou déjà utilisés, parfois, nous sommes dans l’impossibilité de les entretenir à temps.»

Joly: «Arnaud, tu es gentil et toujours d’accord mais, on a beau le dire, rien ne change. Vous êtes aux affaires et vous êtes là pour trouver des solutions. Quels sont vos choix et vos priorités? Actuellement, vous ne mettez que des rustines, panne après panne. Moi, je ne lis que les recommandations courageuses des directrices, qui osent vous le dire.» Rarement Arnaud Maquille quitte son calme olympien mais, jeudi soir, il s’est âprement défendu de tout manquement: «Oui, on agit parfois dans l’urgence parce que les précédentes majorités ont laissé aller des bâtiments. Le déglingage remonte à 30 ans. Mais on réalise aussi des travaux de fonds, selon une hiérarchie des besoins. On a des écoles, des salles, des centres sportifs. Donc, nous avons aussi des priorités.»

Sur le vélo mais dans le guidon

Damien Floymont (ROPS), interpellé: «Arnaud, on dirait que tu es nouveau aux affaires. Or, ça fait quand même dix ans. À t’entendre, tu découvres des réalités nouvelles et tu éteins des incendies parce qu’il y a eu trop de pyromanes derrière toi.»

Le problème assène Joly, «c’est la systématisation de l’urgence érigée en principe. La vérité, c’est que tout le monde y va de son côté, un petit peu, sans prioriser. Le problème soulevé par les directrices est que vous avez le nez dans le guidon et que vous ne voyez pas plus loin que le guidon. Faire de la politique, c’est prévoir et avoir un regard au-delà du guidon…» Bref, elle navigue à vue.

Robert Joly, toujours impétueux: «J’ai rarement lu autant d’indices de dysfonctionnements internes et structurels, propres à Mettet, et qui n’ont rien à voir avec les problèmes de trésorerie rencontrés par d’autres communes. On investigue et on vous l’annonce, à la loyale, nous y reviendrons fin novembre.» La minorité Rops annonce comme une sorte de grand soir pour le 24 novembre.

Malaise et frisson (de saison) politique.

Vous ne jouez qu’aux pompiers

Le conseiller de la majorité Fabien Dethier (cdH) vient à la rescousse de son groupe, au titre de conseiller du ministre Maxime Prévot – le refrain étant connu, on le tacle pour sa vanité – et, poursuivant: «C’est difficile pour le personnel politique de se projeter de façon pluriannuelle si on ne sait pas comment la trésorerie va évoluer.»
 
Il s’inspire aussi des commentaires de la directrice générale, écrivant: «Il faut être attentif à la trésorerie car les recettes en provenance du fédéral tardent de nouveau à être perçues. Et alors que précédemment, le problème concernant l’IPP (impôt des personnes physiques), le retard se constate aussi dans la perception du précompte des revenus immobiliers.»
 
Il cite aussi la directrice financière: «La perception des subsides étant très tardive, il faut en tenir compte.»
 
Comment? La directrice préconise de demander une avance de subventions pour payer les fournisseurs. Enfin, en conclusion: «Une planification des projets et priorités serait bien utile.» Si même l’administration le dit…
 
Où veut en venir Fabien Dethier? «Difficile, dans ces conditions de flou, d’envisager des travaux. Il est temps de faire remonter ce message à la tutelle.»
 
En Flandre, pour sauter l’obstacle, des communes mutualisent leurs emprunts mais le code (wallon) de la démocratie locale ne le permet pas. Or, cette mutualisation permet de dégager des solutions à court terme.» Conclusion: les règles de fonctionnement édictées au niveau wallon sont incompatibles avec une gestion dans l’urgence des politiques communales. Les exécutifs wallon et fédéral ne travaillent pas à la même vitesse que le communal. «Et ça coince, et ça met une administration communale à mal et en porte-à-faux.»
 
La causerie est jugée intéressante mais aussi manœuvre de diversion. Selon la minorité ROPS, où l’on retrouve encore une fois le complice du groupe Gérer autrement, Andrea Gagliardi, le problème à Mettet est plus profond que cela.
 
De ce dernier: «Faites un inventaire et posez-vous les bonnes questions: est-il toujours opportun de remplacer une chaudière à mazout par une chaudière à mazout? Avez-vous fait l’analyse?
 
Vous seriez surpris. Vous ne jouez qu’aux pompiers et, à chaque conseil, il y a une chaudière à remplacer?»

Vite-Dit

Il faudrait… un choix politique

Andrea Gagliardi, en embuscade, a donné une leçon de grammaire: «Dans leurs conclusions, les deux directrices emploient la forme conditionnelle: il faudrait…. (tendre vers une priorisation des projets). Une planification serait… (bien utile). S’il y a conditionnel, il y a condition. Quelle est ici la condition? Que manque-t-il à la réalisation de ces actions, et qui nous rassurerait?» Le collège ne voit pas. «Ne cherchez pas car je connais la réponse. Il manque… un choix politique. Une bonne gestion de trésorerie ne peut se réaliser que s’il y a un plan d’actions préalable, une planification des projets. C’est tout ce que vous réclament les deux directrices.»

Terrain incompatible

Mis sur la sellette, Arnaud Maquille invite les virulents critiques de la gestion communale à une visite sur le terrain. Et il se défend de jouer aux pompiers. «Et vous verrez la réalité. Nous, on fait du terrain et le terrain est difficile, parfois incompatible avec la rigueur administrative. Allez voir l’école de Pontaury, un chantier qui n’a même pas 15 ans, et plein de malfaçons. Si je liste tous les problèmes rencontrés dans les bâtiments, demain on peut fermer la moitié du patrimoine communal.»

Procès d’intention

La conseillère cdH Fabienne Van Bever vole au secours de sa majorité: «Il y a une quinzaine d’années, j’avais fait la même réflexion que Robert Joly. La majorité de l’époque mettait en vente l’école de Furnaux, dans un état déplorable. J’étais allé la voir et l’on m’avait répondu: «Que veux-tu que l’on fasse, il faut la vendre.» Et pourquoi n’avez-vous pas prévu de l’entretenir en son temps, et vous nous faites le même procès d’intention.» Le mot de la fin au maïeur: «c’est juste le jeu de la majorité et de la minorité.» .