Privés de piscine jusqu’à nouvel ordre

28 sep 2018
Pierre WIAME
L'Avenir
Régions Basse-Sambre, p1 du 28 septembre 2018

Des infiltrations dans la cuve du bassin de Biesme mettent en danger les nageurs. La fermeture, dès ce vendredi, était inévitable.

Ceux qui avaient l’intention de faire trempette dans la piscine de Biesme, ce vendredi, devront rebrousser chemin. Ceux qui y ont l’habitude d’un plongeon régulier, et tous les clubs qui y organisent chaque semaine des cours de natation ou de plongée, vont devoir élaborer des plans B. 

Alors que le bassin biesmois est ouvert et occupé sept jours sur sept, et accueille bon an mal an 120 000 baigneurs par année, le bourgmestre de Mettet, Yves Delforge, a été contraint de prendre ce matin, en urgence, une ordonnance de police de fermeture pure et dure. Jeudi en effet, le collège a réceptionné un rapport alarmiste sur l’état de la cuve en béton.

Lundi, une visite conjointe de l’Inasep – (l’Intercommunale namuroise des services publics), et de la Direction régionale des infrastructures sportives (Infrasports), a conclu à une nouvelle dégradation de celle-ci.

Ce sont ces experts qui ont pressé les autorités communales à fermer la piscine et qui leur conseillent de la vider.

Pas de «plouf» jusqu’à nouvel ordre donc, et tout ça à 15 jours des élections.

Les fissures dans le béton ne sont pas apparues avec la dernière pluie. Sur recommandation de l’Inasep, des rustines sous forme d’injection, et des étançons, sont déjà venus «béquiller» la vieille cuve. Sa construction remonte en effet avant la fusion des communes, en 1977. Elle a vécu.

Cette fois, les fissures posent un réel danger d’électrocution mortelle. De l’eau s’infiltre et tombe sur la machinerie en contrebas.

La stabilité de la cuve est mise à mal. En bref, la sécurité des nageurs n’est plus du tout assurée.

Le moindre drame conduirait le bourgmestre, garant de la sécurité, en justice.

L’échevin des Sports (ROPS), Luc Vanderweyden, a découvert le défaut d’imperméabilité de la cuve lundi, et avec stupéfaction.

«Je ne dispose pas de l’historique de ce qui a été fait ou pas à la piscine mais je ne veux pas être tenu comme responsable de cette situation» dit-il, laissant sous-entendre qu’elle pourrait avoir pour origine une faute (politique) de prévoyance, de vigilance ou de précaution. Un défaut d’anticipation du danger.

La piscine à l’enquête

C’est normal, le mandataire aux responsabilités, dans l’actuel climat électrique de la campagne électorale, ne veut pas endosser la moindre responsabilité d’un fiasco et passer de facto pour un annonceur de mauvaises nouvelles.

En marge de ce rapport alarmiste, il a cependant appris qu’un colmatage sérieux des micro-fissures de la piscine de Biesme avait déjà fait l’objet d’une demande de subsides régionaux, reprise sous la référence précise de PIP-7972.

Mais le dossier a été gelé.

«Ce qui me scandalise et m’inquiète, c’est que l’état de la cuve, que l’on sait déforcé, fragilisé, n’a pas fait l’objet d’une surveillance approfondie. On a attendu trop longtemps…» regrette Luc Vanderweyden.

Qui est responsable de ce laisser-aller? «Je ne sais pas qui a suivi ce dossier mais je vais mener l’enquête…» s’emporte l’échevin.

Personne n’est visé a priori. Quoique. La petite investigation devrait s’avérer archisimple. C’est le bourgmestre lui-même qui a la main sur ce vieux dossier.

En 2005 déjà, des experts avaient lancé une alerte et invité les responsables à la vigilance. En 2010, des travaux de réparation auraient été postposés, pour des raisons budgétaires. L’urgence ne s’est jamais imposée aux décideurs.

«Ce n’est pas catastrophique»

Du côté du bourgmestre Yves Delforge, dédramatisation totale. «Oui, il y a des suintements. Oui, il est prévu de restaurer la cuve»résumait-il hier. Projet en stand-by donc. Et pas forcément péril en la piscine. «On savait, nous avions été rassurés par l’Inasep, on allait le faire» a dit le bourgmestre en substance.

Le premier magistrat indique qu’il avait été décidé d’attendre l’éligibilité de la piscine de Biesme au plan «Piscines» de la Région Wallonne avant d’intervenir sur la cuve.

Le plan «Piscines» (2014-2020) concerne une vaste opération de sauvetage de bassins trop dégradés, en état de vétusté avancée, pour un total de 55 millions d’euros sous forme de subsides. Le coût total de la restauration de la piscine de Biesme est évalué, lui, à près de 4.200.000€.

L’analyse, qui n’est pas celle du groupe ROPS, a été la suivante: fallait-il dépenser de l’argent à colmater des fissures sur la cuve sans avoir la garantie de disposer des moyens d’une rénovation totale de l’établissement de bains? Logique imparable du bourgmestre sortant: «N’est-il pas préférable de fermer la piscine maintenant, quelques mois, que la fermer définitivement, et la reboucher, par manque de moyens suffisants?»

La rénovation totale de la piscine de Biesme ne devrait pas intervenir avant 2020.

Les réparations à faire sur la cuve du bassin, elles, laisseront la piscine fermée pendant un temps indéterminé.

Lénifiant 

L’annonce de la fermeture de la piscine, à 15 jours de l’élection communale, polarise la campagne électorale. ROPS, partenaire d’Icap, - deux groupes que l’élection rend forcément rivaux dans la conquête d’un nouveau leadership, - commence à la trouver mauvaise. «On s’irrite, oui, parce qu’en face, il y a un discours lénifiant qui veut faire croire aux électeurs que tout va bien, dans le meilleur des mondes. Mais nous nous rendons compte tous les jours que ce n’est pas vrai» souligne le 1er échevin Robert Joly. 

Privés d’emploi

Fermer la piscine du jour au lendemain, sous la pression d’un rapport d’expert, a des répercussions sociales. Plus ou moins 15 personnes, à mi-temps pour la plupart, et maître-nageurs, se retrouvent brutalement privés de leur outil de travail et donc sans emploi. «Tout sera entrepris pour les impacter le moins possible mais nous ne sommes pas encore en mesure de prévoir la durée des travaux ainsi que la date de commencement de ceux-ci» explique l’échevin des Sports.

La fermeture de la piscine ne concerne pas la cafétéria. Ce commerce de proximité, assimilé à un café de village, pourra rester ouvert.

La piscine de Biesme fermée en urgence

La piscine de Biesme fermée en urgence

Un rapport d’inspection de la cuve du bassin alarmiste contraint le bourgmestre à fermer la piscine. ÉdA – 302039072832

Un rapport d’inspection de la cuve du bassin alarmiste contraint le bourgmestre à fermer la piscine. ÉdA – 302039072832

Ces taches de corrosion témoignent de l’état de vétusté avancé de la piscine de Biesme. ÉdA – 302044236707 P.W.

Ces taches de corrosion témoignent de l’état de vétusté avancé de la piscine de Biesme. ÉdA – 302044236707 P.W.

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