Pour ROPS, il faut réconcilier l’agriculture et le cadre de vie

6 oct 2016
Portrait de Isabelle Doneux-Paindaveine
Isabelle Doneux...

Depuis l’émotion suscitée par le projet de construction de deux hangars supplémentaires à Graux, destiné au stockage de pommes de terre, le groupe ROPS a voulu mener une réflexion approfondie, sur la problématique liée à l’expansion des activités agricoles dans nos villages ruraux.

La cohabitation naturelle

Historiquement, le tissu économique de notre entité dépend majoritairement de l’agriculture, c’est indéniable. Les larges zones agricoles sont par essence destinées à l’agriculture et contribuent au maintien et au façonnage de paysages remarquables.

L’habitat s’est regroupé autour des fermes pour donner naissance à nos villages ruraux. La zone d’habitat à caractère rural est ainsi principalement dévolue à la résidence et aux exploitations agricoles.

Ce cadre de vie induit par l’agriculture forge l’une des raisons principales poussant les citoyens à aimer vivre à la campagne.

Quelle agriculture ?

Mais aujourd’hui, certains projets plus envahissants amènent les habitants de ces zones d’habitat à caractère rural à questionner la pérennité de ce fameux cadre de vie, à leurs yeux menacé. Ce qui provoque des frictions et des conflits sur fond d’incompréhension. Dans ce contexte tendu, il nous a semblé essentiel de redéfinir ce qu’est l’agriculture.

On entend par activité agricole l’ensemble des travaux du sol mis au service d’une production végétale et animale.
La liaison au sol y est fondamentale, et à la base de l’ancrage local de ces exploitations. L’agriculteur travaille le sol, cultive des végétaux et élève des animaux sur la superficie agricole dont il jouit. Depuis des générations, ces activités du secteur primaire ont participé positivement au bonheur de vivre à la campagne.

L’évolution de la mécanisation agricole et les possibilités techniques actuelles modifient également cette réalité ancestrale : Les fermes sont de moins en moins nombreuses, mais de plus en plus grandes.

Parallèlement, dans un souci légitime de survie économique, les agriculteurs multiplient les casquettes parfois jusqu’à dénaturer l’essence de leur travail. Certains passent du rôle de producteur (secteur primaire) à celui de transformateur afin de récolter la plus-value liée aux activités de transformation (secteur secondaire) ou de prestataire de services (secteur tertiaire) en modifiant partiellement leur exploitation.

Ce phénomène de diversification amène les exploitants traditionnels à déborder de leurs champs et à investir dans de nouvelles infrastructures. Mais celles-ci, volumineuses dans le paysage, font douter de leur vocation agricole. On peut raisonnablement penser qu’elles se confondent avec des installations de type industriel. Lorsque elles sont implantées en zone d’habitat à caractère rural, leur expansion provoque des nuisances parfois insupportables pour les riverains. 

A chacun sa place et les vaches seront bien gardées

Pour les élus du groupe ROPS, les activités agricoles ont légitimement leur place dans nos villages, tandis que les activités (agro-) industrielles doivent trouver refuge dans des zones d’activité économique spécifiques, respectant une règle naturelle : l’agriculture à la campagne, l’industrie dans les zonings.

De la sorte, nos villages préservent leur cadre-de-vie traditionnel rythmé par l’activité agricole tandis que les partisans de l’agro-industrie trouvent dans les zonings économiques l’ensemble des infrastructures nécessaires à leur épanouissement (énergie, voies de communication, hall relais, gestion des déchets,…)

Un cadre urbanistique clair permet à la cohabitation naturelle de résister aux conflits actuels. Les articles 27 et 35 du CWATUP précisent en effet que « La zone d’habitat à caractère rural est principalement destinée à la résidence et aux exploitations agricoles. Les activités[…], les établissements[…] peuvent également y être autorisés pour autant qu’ils ne mettent pas en péril la destination principale de la zone et qu’ils soient compatibles avec le voisinage.» ou encore que « La zone agricole est destinée à l’agriculture au sens général du terme. Elle ne peut comporter que les constructions indispensables à l’exploitation et le logement des exploitants dont l’agriculture constitue la profession.»

Au travers de ces critères, le pouvoir politique doit autoriser ou pas l’implantation de nouvelles installations à l’intérieur de nos villages ou exiger leur déplacement dans les nombreuses zones d’activités économiques ou industrielles qui bordent nos communes.

Le projet à Graux

Le projet de construction consiste à agrandir la surface de stockage actuelle de 3000m2 environ, pour lui ajouter des hangars sur plus de 5000m2. La surface dédiée au stockage de pommes-de-terre atteindrait alors 4250m2 avec une surface de travail et d’entreposage annexée.

Pour le groupe ROPS, c’est excessif.
En effet, un tel stockage correspond à dix fois la production d’une exploitation de 100 hectares.
L’ancrage local n’est, dans ce projet, pas indispensable. La majeure partie de la production sera effectuée hors de Graux.
L’ampleur de l’activité de commerce a pris le pas sur la culture locale. Le détournement d’une surface agricole de sa vocation initiale ne se justifie pas.

Nous pensons qu'il faut encourager l’auteur du projet à s’implanter dans une zone d'activités.