Pour que les cloches ne «clochent» plus au clocher

3 oct 2018
Pierre WIAME
L'Avenir
Régions > Basse-Sambre, p1 du 3 octobre 2018

Le Ciel n’est pas avec l’église Saint-Jean-Baptiste de Mettet. Sa lente restauration est jalonnée de «tuiles», jusqu’aux cloches.

Le chanoine et abbé Van Cauwenbergh a chaussé ses bottes. Rendez-vous a été pris dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Mettet, fermée au culte depuis 2015 et toujours en interminable réfection. Cette année-là, des infiltrations d’eau ont porté des coups d’humidité à ce vaisseau de briques datant du XVIIIe siècle et qui habille un pan de la vaste place de Mettet avec une fausse fière allure. Et un air de majesté surfait.

Car ce monument sacré, d’aucuns, parmi les édiles, filent la métaphore d’un Titanic qui coule et dont le coût du renflouage s’avère disproportionné par rapport au nombre de fidèles répondant à l’appel des cloches.

Mais pas question de fermer pour autant ce repère majeur du village au motif d’une désertion des fidèles. «L’église est aussi une rassembleuse aux grandes occasions sacramentelles, comme le baptême, le mariage et les funérailles» indique l’échevin des Fabriques, Robert Joly. Et la marche Saint-Jean la remplit aussi, tambour battant, chaque année, fin juin.

L’évêché n’est pas opposé à prêter les nefs à des cimaises d’exposition. Ou à des concerts.

Il y a donc lieu de la restaurer comme il faut.

Après l’aménagement d’un nouveau plafond, pour remplacer celui qui a pris l’eau, c’est le vieux clocher qui cause du souci.

Pour s’en rendre compte, l’abbé quadragénaire, qui aime réparer les montres et les horloges, nous emmène vers son élément, au sommet de l’édifice, là où les pigeons gentiment roucoulants exposent toute l’étendue de leurs nuisances.

«Énormément de dégâts dans les cloches regrette l’abbé Van Cauwenbergh. Alors que l’horloge-mère fonctionne, il ne se passe plus rien au clocher, rien, et ce depuis 10 ans. Deux seulement sonnent sur les quatre, le tinteur et l’angélus. Elles sonnent la messe et les heures. J’ai insisté pour que tout le système campanaire de l’église soit restauré.»

Les travaux s’avéreront plus lourds que le simple remplacement du mécanisme commandant ces sonneuses du temps fuyant. Tout le bâti de soutien de ces grosses pièces de bronze, qu’on appelle beffroi, a dû être tronçonné. La plus lourde, 1 700 kg de louanges à la Sainte-Trinité, tirait dangereusement sur la charpente.

Grue et camions évacueront bientôt cet amas de bois, ce qui a nécessité le décrochage de la grande horloge, laquelle sera ensuite remise à titre postiche et ses aiguilles conservées en souvenir.

Un nouveau système de volée des battants sera installé, ainsi qu’un plancher, l’actuel étant pourri par l’âge et mangé par l’acide des fientes.

Les quatre cloches raccrochées à une charpente métallique devraient partir et revenir de Rome, à pleines volées, le dimanche de Pâques.

Histoires de cloches

Les quatre cloches ont une histoire commune Elles ont été fondues à Tellin, en 1951, par M. Slegers, et ont été bénies le 2 décembre de cette même année par l’évêque de Namur, Msg André-Marie Charue et le curé, l’abbé Désiré-Joseph Watelet, sous le mayorat d’Henri Leclercq.

L’abbé Van Cauwenberghe a retrouvé d’émouvantes traces de cette triple bénédiction dans les archives. Les voici rappelées par ordre décroissant de poids. La plus lourde, dédiée à la Sainte-Trinité, pèse 1 700 kg et entonne le RE. La cloche de Notre-Dame, offerte par la Commune de Mettet, pèse 1 200 kg et entonne le MI. La troisième honore les saints Jean-Baptiste et Job. Elle pèse 790 kg et entonne le FA dièze. Son parrain, Émile Boccart, était notaire et fabricienne. Sa marraine, Marguerite Dupont, préfète de la Congrégation.

La cloche de L’union Motor

Ces trois cloches ont rejoint leur grande sœur, bénie le 5 septembre 1948 et offerte parl’Union-Motor de l’Entre-Sambre et Meuse. Elle a eu pour parrain Jules Tacheny, le champion, et Jeanine Dogo pour marraine.

Les malheurs de l’église

Bien que repavée, rabaissée à l’intérieur par un nouveau plafond rectangulaire, et abaissé, l’église de Mettet fait encore peine à voir. Le moisi a laissé des stigmates dans les plâtres. La peinture des colonnes est écaillée.

«Grosso modo, sa remise en état a déjà coûté 500 000€ et ce n’est pas fini.» Les anges ont-ils déserté l’édifice? Car les bourdes s’accumulent. Les artisans plafonneurs qui ont réalisé le plafond ont oublié de refermer une tabatière. Il a plu au-dessus du chœur. De l’eau s’y est infiltrée. Même la nacelle communale n’est pas arrivée à sa hauteur pour la refermer. Le gros matériel qui est entré dans l’église a çà et là abîmé le nouveau carrelage.

L’état de la croix, tout au sommet, semble confirmer la damnation: elle s’affaisse vers l’Est, balayée par des vents soufflant du Sud-Ouest. L’entreprise opérant sur le clocher a déjà fait savoir qu’elle ne pourra rien redresser de l’intérieur. Il faudra faire appel à une entreprise spécialisée et à sa super-grue pour amener des ardoisiers de haute voltige à cette hauteur et intervenir sur l’enveloppe.

«Imaginez le coût, rien que dans le déplacement de cette machine» s’inquiète l’échevin des Fabriques, qui n’hésite pas à parler des malheurs de l’église Saint-Jean-Baptiste et d’un coût de restauration total qui risque d’approcher le million d’euros.

En boutade, l’abbé Van Cauwenberghe indique que l’autorité communale aurait peut-être dû abattre l’église actuelle pour en rebâtir une nouvelle, plus humble dans ses dimensions par rapport à la pratique du culte. «L’évêché n’était par contre» conclut-il en riant. Sans doute, oui, mais c’eût été un scandale.

S’il n’y avait cette grosse cloche de la Sainte-Trinité, le clocher ressemblerait à une banale remise à bois. ÉdA – 40657047221

S’il n’y avait cette grosse cloche de la Sainte-Trinité, le clocher ressemblerait à une banale remise à bois. ÉdA – 40657047221

Quand l’église de Mettet retrouvera-t-elle ses chaises? Encore impossible à dire. ÉdA – 40657031472

Quand l’église de Mettet retrouvera-t-elle ses chaises? Encore impossible à dire. ÉdA – 40657031472

Le choeur, les nefs. Selon l'abbé, cette église vaut la peine, par son orgue et ses vitraux.

Le choeur, les nefs. Selon l'abbé, cette église vaut la peine, par son orgue et ses vitraux.

Le triste état des cloches en leur clocher.

Le triste état des cloches en leur clocher.