Piscine : le désarroi des clubs et des écoles

1 oct 2018
Sébastien Ponciau
La Nouvelle Gazette
Régions Sambre-et-Meuse, p4 du samedi 29 septembre 2018

Les nageurs sous le choc : après l’annonce de la fermeture, certains évoquent la fin de leur club.

L’annonce brutale de la fermeture de la piscine de Biesme (Mettet) plonge ses 120.000 visiteurs annuels dans le doute. Une bonne dizaine de clubs et les écoles en dépendent.

La piscine de Biesme, à Mettet, c’est 120.000 visiteurs par an. Le grand public y a accès. Les élèves de toutes les écoles de l’entité, et même de certains établissements de communes limitrophes, y font plouf dans le cadre de leur cours de gym. Une bonne dizaine de clubs de natation, de plongée ou d’aquagym s’y extasient.

Pour tous ces pratiquants, c’est aujourd’hui le désarroi. Et pour les responsables des clubs, spectre de la déconvenue, voire de la fermeture, plane dans un flou absolu.

Le bourgmestre Yves Delforge a tranché : la piscine « La Tourette » est fermée. Les principaux intéressés l’ont appris en lisant notre article (voir notre édition de jeudi). Certains, par des employés de la piscine. 

En cause : une lettre de l’INASEP, l’Intercommunale Namuroise de Services Publics, demandant « de fermer et vider dans les plus brefs délais la piscine pour ne pas mettre en péril sa stabilité et la sécurité des nageurs. » 

« Cela fait des années qu’ils sont au courant » 

Des fissures lézardent la cuve, laissant ainsi filtrer l’eau et entamant la couche de béton située en dessous. Le problème est connu depuis longtemps. On a posé des rustines sous forme d’injections et des étançons de façon superficielle en attendant de s’attaquer au fond du problème.

Ce travail de fond n’a pas été entamé suffisamment tôt. Le problème s’est amplifié. Les fissures posent un réel danger d’électrocution mortelle, l’eau infiltrée dégoulinant sur la machinerie en contrebas. La stabilité de la cuve est mise à mal. 

D’où cette fermeture pour une durée indéterminée. Le temps que la cuve soit refaite.

En 2005 déjà, des experts avaient lancé une alerte et invité les responsables à la vigilance. En 2010, des travaux de réparation avaient été postposés, pour des raisons budgétaires.

« Cela fait des années qu’ils sont au courant. Nous avons eu cours lundi. Il manquait un carrelage. Et ce n’est que ce vendredi matin que j’ai appris la fermeture, par une employée de la piscine, qui, par ailleurs, me confiait qu’elle n’aurait peut-être plus de travail la semaine prochaine  », réagit Martine Vandeput, monitrice et administratrice du club « Le Squale » qui encadre 70 affiliés (apprentissage et perfectionnement). Par souci de transparence, nous précisons que notre interlocutrice est, par ailleurs, candidate MR aux élections communales. « J’ai repris la responsabilité de ce club en février. Si j’avais su qu’une telle chose se tramait, je ne l’aurais pas fait. J’ai déjà reçu des appels de parents réclamant le remboursement des abonnements qui venaient juste d’être renouvelés, début septembre. Nous avons payé 450 € d’assurance. Nous devions organiser un stage durant les vacances de Toussaint. » 

La fin du club ? « Nous allons chercher une solution. Mais plus de dix clubs sont dans le cas. 

La piscine de Florennes est déjà bien bondée. Et la piscine d’Auvelais privilégie son ouverture au grand public plutôt qu’aux clubs. 

Et Fleurus, c’est trop loin.  »

Un moniteur de natation :   « Je crains pour mon emploi »

Chez « Aqua+« , une autre école de natation qui dispense également des cours d’Aquagym et de psychomotricité aquatique, on va tout de même tenter l’option Auvelais : « J’ai appelé Jean-Charles Luperto. Il m’a répondu qu’ils en discuteraient lors du prochain collège  », explique le responsable Quentin Pirsoul. « Cette fermeture est vraiment une désagréable surprise. On promet aux parents qu’on va donner des cours, et puis, aujourd’hui, nous ne sommes plus en mesure de répondre à leurs attentes.  » 

Dans ce club, la question des abonnements est également sur la table : « Nous manquons d’informations sur la durée des travaux. Nous pourrions, par exemple, suspendre les abonnements en cours et les réactiver lors de la réouverture.  » 

Personnellement, Quentin Pirsoul sera aussi touché par la fermeture. Il est employé, en tant que moniteur de natation pour les écoles, à mi-temps, par l’ASBL du Hall des Sports, qui englobe la piscine. Va-t-il perdre son emploi ? « Le directeur m’a dit qu’il cherche une solution. Je suis professeur d’éducation physique, je peux donner des cours. Maintenant, peut-être vais-je être réaffecté à d’autres tâches, comme l’entretien du hall. Ce ne serait pas très réjouissant, mais en attendant…  » 

Le club de plongée « Mantal’s Diving School » est également sur le qui-vive : « Nous avons convoqué en urgence nos trente-trois affiliés pour une réunion ce vendredi soir  », explique Didier Perdieu. « Nous devrons peut-être revoir le système de cotisation.  » 

Contrairement aux clubs de natation, le club de plongée ne craint toutefois pas de devoir mettre la clé sous le paillasson. « Nous pouvons toujours pratiquer à l’extérieur. Pour passer les brevets, nous avons besoin d’une piscine. Mais nos membres n’ont pas peur de faire des kilomètres. Certains viennent de Tournai, ce qui élargit notre champ de prospection pour trouver une nouvelle piscine. Au pire, si on n’en trouve pas, on suspendra les nouvelles affiliations.  » 

Aucune direction des écoles n’a souhaité commenter cette fermeture. On sent bien que le dossier est politiquement sensible.