ROPS | Et si on s'y Mettet tous ensemble !

Et si on s'y Mettet tous ensemble !

Pas un rond pour le proprio de la scierie d'Ermeton

28 mar 2018
Pierre WIAME
L'Avenir
Régions > Basse-Sambre - 28 mars 2018

Le propriétaire privé de la scierie d’Ermeton a perdu son bras de fer contre l’autorité communale. Il lui réclamait… 3 millions de dommages. Insensé.

Depuis une quinzaine d’années, le devenir de l’ancienne scierie d’Ermeton oppose son propriétaire Pol Talmasse, qui l’a acquise en 1999, à l’autorité communale. Mais une récente décision de justice, favorable à celle-ci, laisse penser qu’on s’achemine tout doucement vers le percement de cet affreux furoncle industriel en milieu rural.

Depuis qu’il a acquis ces 27 ares de friche industrielle, le propriétaire, entrepreneur en construction à Flavion (Florennes) rêve d’y développer de l’habitat groupé. Cependant, depuis le début, l’autorité communale qualifie ce projet privé d’insensé et foireux, en raison du fait que la scierie, ancrée au bord de la Molignée, est reprise en zone inondable.

Pour le conseil communal à l’unanimité et les riverains, il faut raser, assainir et y reconstruire un projet à vocation publique qui cadrera avec la ruralité.

Ce n’est pas si simple. Déjà, sous le mayorat d’Adelin Mathieu, le collège avait tenté la négociation avec l’entrepreneur, «pour qu’il revienne les pieds sur terre par rapport à ses ambitions immobilières».

L’autorité a toujours cherché à transiger, à racheter le site pour l’assainir, mais elle a toujours buté contre les prétentions financières de son propriétaire qui entend bien sûr le revendre plus cher qu’il ne l’a acheté. Cette spéculation de capitaliste n’est pas interdite en soi, sauf que la rue de la Molignée, à Ermeton-sur-Biert, ce n’est pas la rue de la Loi à Bruxelles ni l’avenue Reine Astrid à Namur. Non seulement, ce chancre ne vaut pas tripette mais la Commune devra nécessairement engager des fonds sérieux pour l’abattre, évacuer les déblais et dépolluer. Le site est d’ailleurs repris par la Région comme étant à dépolluer.

Trois législatures plus tard, la scierie et son contenu pourrissent toujours. Les meubles, matériaux et déchets divers qui y sont entreposés depuis forment un désordre indescriptible qui a incité l’autorité communale à en interdire l’accès, même à son propriétaire, par une ordonnance de police.

3 millions d’euros

«On ne pouvait pas rester sans agir. Ces vastes bâtiments recouverts de tôles ondulées sont devenus hyper-dangereux, surtout en cas de tempête» rappelait hier le bourgmestre Yves Delforge.

Le blocage s’éternisant, il fallait bien que la justice s’en mêle et elle vient donc de trancher définitivement en appel.

Le propriétaire, qui a pris l’initiative d’assigner l’autorité pour lui réclamer des dommages et intérêts, a été débouté en long et en large. Pol Talmasse s’y est défendu comme il pouvait, sans avocat, mais pour y réclamer une somme déraisonnable. «Il avait fait ses calculs. Se déclarant empêché de construire autant d’appartements pendant autant d’années, il nous réclamait 3 millions d’euros» a indiqué Yves Delforge, presque amusé de ce montant flambé. Pour lui, rien à faire, sa scierie est la 8e merveille du monde.»

Le 1er échevin et avocat Robert Joly, depuis son retour aux affaires, est déterminé à régler au plus vite ce vieux litige. «Nous aurons peut-être fait un grand pas d’ici la fin de la législature. Je ne peux pas en dire plus.» Si l’entrepreneur n’entend pas raison à brève échéance ou refuse une solution négociée à l’amiable, l’autorité communale lancera sans doute contre lui une procédure d’expropriation.

Garant de la sécurité publique, a fortiori tenu de mettre fin à une dangereuse insalubrité sur son territoire, le pouvoir public aura l’avantage. D’ici là, le collège espère pouvoir rencontrer l’intéressé, dans une sérénité retrouvée, mais il lui réclamera des comptes.

«On ne peut pas accepter d’être ainsi traîné en justice, ce qui a fait perdre trop de temps et perdurer un danger lié à une insalubrité. On doit faire un exemple en réclamant un dédommagement» a expliqué le mayeur.

Quel avenir pour ce site? Le collège associera les riverains au choix du projet qu’ils voudront voir fleurir devant chez eux.

Ce que comprend le propriétaire de sa défaite en Justice? Rien de bon. Son obstination n’a pas payé. Il y voit encore un coup tordu de politiciens véreux ayant tous les droits, ce qui ne rassure pas.

L’ancienne scierie d’Ermeton, au bord de la Molignée, pose un problème aigu de sécurité depuis plus de 10 ans.

L’ancienne scierie d’Ermeton, au bord de la Molignée, pose un problème aigu de sécurité depuis plus de 10 ans.