Le camping du Lac boit une sale tasse

23 fév 2017
Pierre Wiame
L'Avenir
régions Basse-Sambre, 23 février 2017 p2

Jeudi, la minorité de gauche a eu des mots avec la droite. À cause de travaux brouillons, d’une sauterie à 600€ et d’une pingrerie envers le Tiers-monde.

Une minorité remontée comme un coucou de Forêt Noire: on allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu, à commencer par une vidéo de la conseillère Isabelle Doneux qui est allée «zoner» dans le camping du Lac et qui en a ramené des images pendant trois minutes, de tranchées, de boue, de nids-de-poule. Un décor déprimant de chantier permanent, d’enfouissement de câbles électriques et de tuyaux d’eau, au milieu duquel croupissent des maisons.

La conseillère tire profit d’un achat de pierrailles pour flanquer des pavés dans le lac: «On sait que vous y mettez du cœur et les moyens mais ces trous un peu partout, c’est pas génial. Peut mieux faire…»

Damien Floymont éclabousse davantage: «Déplorable même si je sais bien que ce n’est pas simple.» Et de dénoncer un chantier à la petite semaine où la commune se rend avec des camions qui perdent leur temps à des allers et retours entre Mettet et la carrière de Florennes pour se remplir de grenailles et revenir en combler les saignées. Questions brûlantes: «Pourquoi ne pas faire appel à une entreprise privée, ou recourir à de plus gros camions?» Selon Damien Floymont, les ouvriers communaux n’ont pas vocation à s’attaquer à un chantier d’une telle envergure mais plutôt à s’occuper de l’entretien des voiries. Pour le reste, il estime que le privé doit reprendre la main.

En attendant, quand donc ces pauvres riverains confrontés à la boue verront-ils la fin des hostilités? Le bourgmestre Delforge, un brin énervé, tance l’impertinent de ne rien y connaître. Recourir à un privé? Mais vous n’y pensez pas. «Faire ouvrir plus de deux kilomètres de voiries par un privé, et sans subsides? Impayable. On a fait appel à un entrepreneur indépendant pour la rue Noéchamp et il n’est pas allé plus vite: 2 ans et demi pour finir le chantier.» Le bourgmestre ne comprend pas: «On fait l’effort de mettre au camping – classé en zone d’habitat permanent – de meilleures conditions de vie. On prend nos responsabilités, par choix politique et vous venez nous le reprocher.» Mais qu’est-ce que c’est que ça pour un délire?

Dans la minorité, Écolo rejoint le groupe ROPS: «Comment a-t-on pu envisager ce chantier sans penser aux gens qui y vivent? Vous avez manqué de rationalité dans votre communication?» Le bourgmestre, agacé: «On ne refait pas une route par morceau. De toute façon, des travaux de voirie, ça fait râler tout le monde.»

Pas de subsides? Pourquoi? «Situation techniquement difficile à cause d’une vétusté généralisée et de contraintes liées aux (petits) gabarits des allées et voiries» explique le 1er échevin Maquille. Par ailleurs, le camping est resté privé jusqu’en 2013. Trop court temps pour solliciter des subsides. Mais, rappelle-t-il, «on n’aura jamais investi autant d’argent là-bas.»

Pour Andrea Gagliardi (Gérer autrement), l’excuse de l’inaccessiblité au site par des camions à plus gros tonnages – (afin de limiter les navettes polluantes)– ne tient pas la route. Lui aurait proposé un marché de grenailles rendues. «Mais tu n’y es jamais allé» lui rétorque-t-on sèchement. Faux: il y avait sur sa liste de 2012 une candidate proche du lac.

Robert Joly (ROPS), en capitaine d’eau douce abonné aux prétoires: «Vous avez l’obligation, pour le public, de rendre les voiries sûres. Or, je vois des tranchées béantes. Faites attention. En cas d’accident, vous serez responsables.»

Au-delà, l’avocat invite le collège à ne pas se vexer, la minorité ne fait que son job d’interpeller, et sans agressivité. Car conclut-il, «le sentiment qui prévaut là-bas, selon nos informations, est que ça piétine. Ça n’avance pas. À cause d’une organisation du travail chaotique.» Morale de cette péripétie à grenailles: le feuilleton continue…

Le hameau du Lac en travaux