Le blues des employés communaux

23 juin 2018
Pierre WIAME
L'Avenir
Régions, Basse-Sambre - p7 du 23 juin 2018

L’audit mené auprès des employés communaux est calamiteux. La réforme est urgente. Mais le timing est mauvais: on vote dans trois mois.

Conseil avancé d’une semaine pour cause de Coupe du monde. Les élus n’ont pas voulu se télescoper avec la fièvre nationale qui s’emparera de la place Joseph Meunier, jeudi prochain, devant la rencontre Angleterre Belgique. Dès 20 heures, elle sera retransmise sur écran géant. En campagne électorale, mieux vaut aller montrer son vif soutien aux Diables rouges, ces dieux vivants, et faire assaut de ferveur.

Le point amené autour de la table, jeudi soir, n’est en effet pas marrant et pas du genre à être soluble dans l’ivresse footballistique. Il s’agit d’un sujet très sérieux, très «touchy»: le moral des fonctionnaires est en berne. L’absentéisme gravissime.

Le libéral Valère Toussaint a de grandes oreilles: il sait que, au collège du 28 mai, la directrice générale a présenté le rapport de l’audit commandé par le 1er échevin Robert Joly au Bureau économique de la province de Namur (BEP).

Qu’en est-il? Quelles actions concrètes seront mises en place pour améliorer le fonctionnement de la commune?

La question n’embarrasse pas, Robert Joly s’y colle avec un souci de vérité: «Le sentiment général ressenti est négatif. C’est assez terrible. Ce n’est pas qu’un problème d’époque. La désorganisation est fort ressentie mais aussi l’interférence des politiques dans les dossiers.»

En gros, l’administration reproche au personnel politique de souffrir de cécité, de ne pas vouloir régler les situations problématiques. Les exemples pleuvent, plutôt typiques de la mauvaise réputation accablant les fonctionnaires du monde entier: des employés rapidement débordés par la tâche et n’assurant que le strict minimum. Des employés dispersés. La défaillance des chefs de service n’ayant pas le profil et la poigne pour «manager» et laissant pourrir les problèmes. Le sentiment d’injustice éprouvé par ceux qui bossent beaucoup plus quand d’autres font si peu. Le manque de polyvalence et de solidarité au sein des équipes. Le «Je-m’en-foutisme». Des griefs extrêmement interpellants.

En avant toute pour remotiver les troupes. Mettre les bonnes personnes aux bonnes places. Refondre l’organigramme. Joly: «Il faut mieux répartir les postes pour avoir une administration forte, loyale, qui respecte le personnel politique.»

Un effet d’annonce

Les actions concrètes? Le bourgmestre Delforge annonce la couleur: «Le politique n’a pas à interférer dans ce processus de réorganisation. Nous attendons les propositions de la directrice générale.» Le collège est cependant optimiste, l’administration devrait déjà évoluer en 2018 et ça se verra.

Mon œil rétorque Gagliardi (MR-GA), qui ne partage absolument pas cet enthousiasme. Il suspecte le collège de jouer la montre, pour ne mécontenter personne à quelques mois des élections. Or, pour lui, il faut aller vite. Exploiter l’actuel état de grâce. Mais il n’y aura probablement pas de révolution dans les bureaux d’ici octobre. Peut-être en novembre et décembre. Sûrement en 2019.

«Avouez que l’essentiel de la réforme se fera en 2019. Ce n’est là qu’un effet d’annonce poursuit Andrea Gagliardi, sans se démonter. Où est votre courage politique? Quand allez-vous prendre vos responsabilités?»

Le collège reste zen: «Tout ne sera certes pas terminé. La réforme sera progressive. Elle chevauchera 2018 et 2019. Ce processus de refonte de l’administration sera long.»

Évidemment que la séquence électorale n’est pas la plus appropriée pour bouleverser les habitudes. Elle paralyse l’action politique. La majorité ne prendra pas le risque de fâcher. C’est même tout le contraire: pour l’heure, le personnel est plutôt satisfait d’avoir pu (enfin) s’exprimer et d’avoir été écoutés. Que demander de plus?

Est-ce le groupe ROPS, qui a shooté dans les dossiers fossilisés, ou le parti du bourgmestre, Icap, qui en tirera un avantage électoral?

À Mettet, les employés sont démotivés et fatigués par une impression de laisser-aller général. Photo News

À Mettet, les employés sont démotivés et fatigués par une impression de laisser-aller général. Photo News