L’avocat de dossier et le mayeur de terrain: la fine équipe

6 nov 2017
Pierre Wiame
L'Avenir
Région Basse-Sambre, pages 2 et 3 du 6 novembre 2017

En tête d'affiche

À moins d’un séisme, la liste cdH-Icap devrait rester la plus forte et Yves Delforge dans son fauteuil de bourgmestre. En cartel avec le groupe ROPS, l’opposant d’hier devenu partenaire idéal.

Une petite commune et une surprise de chef. Mettet, il y a un an, allait faire les gros titres. Et avoir l’honneur (rare) de vivre une palpitante motion de défiance constructive. L’automne est chaud, la salle du conseil se remplit pour venir voir en direct le MR se faire boxer. Le spectacle est dur et saignant.

Des élus du camp ROPS décochent de la droite des copies de bons de commande et de factures de la gauche. Le 1er échevin Maquille est décomposé, victime d’un feu roulant de critiques pour avoir géré ses départements à la hussarde, comme on pilote une boîte privée.

Après plus de dix ans de partage de pouvoir, personne n’entend que le glas sonne pour la majorité Icap. En 2012, elle s’est pourtant reconstituée avec panache, comme si ça allait de soi, comme pour punir ces gens de gauche donneurs de leçons. Mais elle s’est usée et le collège transformé en huis clos pathétique. Jusqu’à ce qu’un échevin MR, pressentant la fin, s’encourt rejoindre les rangs du partenaire devenu adversaire.

Les libéraux sont mis KO et poussés dehors.

«Nous avons fait les frais d’une administration archaïque, sans capitaine. Et ça a donné lieu à un show misérable et lamentable» dit avec amertume le plus sali de tous, Arnaud Maquille.

Le second parti en nombre de sièges, le groupe ROPS, celui qui a porté l’estocade, a la main. Les tractations sont épiques.

À un an de l’échéance, les remariés bossent sur une lune de miel. L’épreuve de la gouvernance, dans un si court temps, n’écornera sans doute pas la cohésion du nouveau couple.

Le chantier de la rénovation, réclamé à cor et à cri par ROPS, a toutes les chances d’être poursuivi.

Toutes choses restant égales par ailleurs, la majorité recomposée part la mieux placée pour gagner les élections et rasseoir Yves Delforge, mayeur sortant, dans le fauteuil de bourgmestre. Le scénario est d’autant couturé de blanc que personne, chez ROPS, n’a l’ambition de ceindre l’écharpe mayorale, et sûrement pas Robert Joly, son leader charismatique, qui entretient un certain mystère autour de son retrait on non de la vie politique. Cet ultime couronnement de sa carrière ne l’excite plus: «Nous sommes là pour renforcer l’équipe. Pour les aider à moderniser Mettet, à faire avancer les dossiers. Et moi pour lancer une relève» dit-il.

Pour le bourgmestre, dans le contexte d’une administration complexifiée, le renfort d’un avocat est un atout précieux.

Les deux hommes forts de la commune, en voix de préférence, tout un temps crispés par leur rivalité, se sont découvert des affinités.

«C’est une chance, Yves est bourgmestre à plein-temps, totalement dévoué à sa commune. C’est le meilleur pour le poste» fait-on remarquer dans son camp. L’homme a tout le temps aussi de serrer des mains, d’occuper le terrain et de soigner sa communication sur Facebook. Sa porte est toujours ouverte, il enchaîne les rendez-vous et ça le passionne, de son propre aveu. Robert Joly, lui, est moins populaire et plus pressé. Pour cet homme de robe, le terrain, ardu, est le droit et la loi, où il affûte des arguments pointus. Il se dit fatigué, épuisé par son envie de remettre tout d’équerre, mais il aime ça. Après deux législatures passées à proclamer que Mettet mérite mieux qu’une gestion à la petite semaine et à vau-l’eau, sans vision, l’ex-contradicteur est mis au défi, en un an, de traduire en actes le slogan de sa campagne de 2012: réinventer Mettet.

Plébiscité comme un sauveur, Robert Joly a amené avec lui une nouvelle génération, deux novices, Isabelle Doneux et Luc Vanderweyden, tous deux bouillant de remettre ordre et rigueur dans une maison de divorcés où, à défaut de communiquer, on a trop laissé faire.

Le conseil communal transpire de renaissance mais il est plombé par l’amertume des trois élus MR qui pratiquent une opposition revancharde et qui ne laissent plus rien passer, quitter à frapper sous la ceinture.

Les échevins ROPS empoignant les dossiers avec énergie et envie de remettre chaque membre du personnel à sa juste place. «Et l’on a choisi, nous, de ne pas polémiquer sur les cadavres laissés dans les armoires» martèle Joly à l’endroit du MR. La nouvelle équipe veut restaurer l’autorité du collège. Robert Joly a déjà commandé un audit de l’administration.

Les débats d’ici octobre 2018 risquent d’être gentiment chahutés, sûrement polémiques, peut-être fracassants. «Tout ça pour ça, pour voir ça» balance Arnaud Maquille. Il doute du succès de la nouvelle équipe: «Rien ne changera tant que certains continueront à faire de la politique pour leur aura, des motifs alimentaires et pour faire plaisir à ceux qu’ils aiment bien».

 

Résumé des épisodes précédents

Robert Joly a refusé le fauteuil de bourgmestre

«Alors, tu veux devenir bourgmestre?» C’est en ces termes que le président du MR de l’arrondissement de Namur Gilles Mouyard aurait téléphoné à Robert Joly. Ce jour-là, fatidique, un des trois échevins libéraux, Claude Boussifet, vient imprudemment de faire défection pour se rallier à l’équipe du bourgmestre cdH Yves Delforge. Il débranche de facto la majorité. Mouyard, qui veut sauver les meubles, croit offrir à son interlocuteur socialiste une consécration de carrière: 18 mois de mayorat.

Robert Joly a la main comme jamais pour faire valdinguer le cdH, gestionnaire historique de la cité, dans la minorité. Il est courtisé pour tenter une coalition de rechange inédite: ROPS, 7 élus, embarquant avec lui le MR (5 élus), Écolo (2 élus) et l’unique élu de la liste Gèrer Autrement, Andrea Gagliardi. À quinze contre huit. L’affaire semble dans le sac. Sauf que Robert Joly décline, il ne veut pas la révolution et encore moins la gloriole du poste de premier magistrat de la commune. Ce sera avec le cdH. En face, c’est la déconvenue et la grande amertume. Le MR est douché.

Une déchirure de contrat qu’Yves Delforge n’a pas spécialement bien vécue: «J’ai toujours respecté ma parole mais trop de charges pesaient sur le partenaire MR. C’était devenu impossible (à ce point que le MR avouait n’avoir plus grand-chose à dire). Avec ROPS, nous avons retrouvé plus de collégialité et de sérénité, l’ambiance est bonne.» Si l’administration communale de Mettet a un colossal retard à combler en termes de management et de gestion des ressources humaines, la minorité, au conseil, exploite les moyens de son temps pour frapper fort: power point, photos et vidéo, le tout projeté sur grand écran. Le chef d’entreprise et libéral Andrea Gagliardi avait frappé un grand coup en début de législature par un power point dénonçant une absence de gestion des stocks. L’éclat médiatique et l’effet de surprise (cela n’avait jamais été évoqué) ont été si soufflants que le collège conviait la presse dès le lendemain pour stigmatiser l’incompétence de la minorité, qui n’avait rien compris à la comptabilité communale.

Au conseil suivant: Joly avait fait preuve d’ironie: «Incompétents, oui, mais pas cons. Si vous continuez à ne pas respecter les lois, vous allez avoir des recours et vous rirez bien.» Et l’on vous passe d’autres pantomines. En politique, rien n’est jamais acquis, et il faut savoir pardonner.

Le Casting

Yves Delforge vers un 2e mayorat

le bourgmestre Yves Delforge est sans surprise candidat à sa succession, en tête d'une liste d'ouverture annoncée comme forte. «Si je suis élu, cela ne sera plus arrivé depuis 1988» dit celui qui a presque 60 ans et qui s'est lancé en politique à 24 ans, sous le mayorat de Joseph Wauthy. le virus est toujours à l'oeuvre. On ne verra pourtant plus sur la liste des centristes deux éléphants de la politique locale: Jacques Ruth, après 40 ans d'engagement politique flamboyant, a décidé d'arrêter, transmettant le flambeau à son fils Jean-Benoît qui espère capitaliser la sympathie de son paternel. Pareil pour l'ex-bourgmestre Michel Remy, de Biesme, qui s'est retiré à mi-mandat. On annonce cependant l'arrivée d'un candidat de relève, Stéphane Beaurain, un architecte et passionné de marches folkloriques, qui devrait cartonner en nombre de voix. Yves Delforge, à moins d'un raz-de-marée, veut une confortable majorité bipartite. 

Une femme tête de liste

En place depuis seulement six mois, le groupe ROPS espère bien poursuivre les réformes amorcées au-delà de 2018 mais s'il n'en va pas ainsi, en cas de déconfiture électorale, «on rentrera chez soi prévient Robert Joly, nous ne sommes pas des arrivistes » Le chantier en cours est clair: rattraper le retard, faire avancer les dossiers, restaurer la confiance des citoyens en leur administration et en leurs élus. Une certitude à ce stade: Isabelle Doneux (notre photo), populaire et généreuse, prenant à coeur la réhabilitation du parc résidentiel du Lac en hameau à part entière, sera la tête de liste. Pression maximale sur Robert Joly : «Ma famille me demande d'arrêter ainsi qu'une partie de moi-même mais je suis préoccupé par ma succession. Ce que je sais, c'est que nous avons le devoir de rendre espoir et plaisir à ceux qui travaillent à la commune. Il faut désormais un organigramme, des profils de fonction, des lettres de missions daires et des chefs de département à la hauteur. Nous devons valoriser les bosseurs et sanctionner ceux qui abusent et tirent sur les ficelles ».

Un déçu de la liste, sitôt élu, a daqué la porte : on prêterait à Philippe Lambot l'ambition de créer sa propre liste de gauche. 

Gagliardi, l'énigme

Aux dernières élections, Andrea Gagliardi, libéral sécessionniste - (il avait contesté en 2012 la tête de liste à Claude Boussifet) avait créé la sienne: Gérer autrement dont il fut le seul élu. Ses interventions, dictées par son expérience de chef d'entreprise. ont marqué les débats même s'il a prêché dans le désert. Depuis 2013, il réclamait un audit administratif et financier, ainsi qu'un plan d'actions, etc. La personnalité est riche, les valeurs sociales mais Andrea Gagliardi se voit mal continuer à faire cavalier seul. Il cherche à rejoindre une équipe. Chez ROPS ? Peu probable. Il se rêve plutôt en rassembleur de la famille libérale, et en première position, pour la remuscler après l'épreuve de l'éviction de la majorité sortante. Impossible cependant de contester le leadership d'Amaud Maquille, crédité de 723 voix de préférence. Que fera-t-il ? Il consulte encore.

Le MR pose le Renouveau

Chez les Libéraux, après l'humiliante dégelée du printemps dernier, on estime malgré tout que le jeu reste ouvert. L'optimisme est au rendez-vous même si ce sera difficile, en si peu de temps, de se requinquer.

Sémantiquement, même le nom de leur liste porte en lui la rupture: le MR partira aux urnes sous la bannière du Renouveau, et bienvenue sur la liste à tous les hommes et femmes de bonne volonté ayant compris que le renversement de la majorité de mars dernier a été un triste cirque ourdi par de tristes sires. « ROPS a beau être de la nouvelle majorité, ce n'est pas l'union sacrée attendue, Icap continue à travailler comme il a toujours fait, au coup par coup, dans une structure administrative non professionnelle, qui frustre les travailleurs, avec un bourgmestre qui se substitue à un conducteur des travaux.»

Deux élus MR et anciens échevins, Claude Boussifet et Jules Sarto, ont décidé de virer de bord et de rejoindre la liste la plus forte, celle du bourgmestre et des centristes. 

Une démission de plus chez Écolo 

Il y a plus sexy, à l'aube d'une campagne électorale, qu'une démission à gérer. Une de plus, celle de Kristien Valette, après celle de Gilles Gueulette en décembre 2016. L'écologiste avait déjà fait entendre qu'elle ne se représenterait plus mais, c'est plus grave que cela, elle démissionne. Cette quadra originaire du Plat Pays n'est plus en phase avec son groupe, la coupe est pleine. Son départ n'est pas étranger à la dernière interpellation citoyenne (le 26 octobre) d'une ex-candidate de la liste de2012, Chantal Leroy, jugée déplacée. Au prétexte de faire de la politique autrement, en élevant le débat, Écolo finit par manquer de sens politique. On l'a encore vu récemment avec les interventions d'Alain Boulanger : l'homme est charmant mais trop peace et love. Et puis, Écolo-Mettet semble avoir oublié que la lutte politique, et la polémique, font partie de la démocratie, ce qui ne rassure pas.

Les intrigues

La scierie d'Ermeton-sur-Biert, le double hangar de Graux 

De quoi a-t-on parlé depuis 2012, entre autres sujets tendus ? Des dossiers de longue haleine sont en suspens depuis une ou deux législatures, comme l'extension du parc économique, dada du bourgmestre sortant, en face du circuit permanent. Les nouveaux terrains pourraient être à vendre dès 2022.

Un dossier d'aménagement du territoire a récemment divisé Graux. En cause, le projet d'un agriculteur d'y faire bâtir deux hangars, pas moches de loin mais affreux de près. Le collège a refusé le permis, estimant le gabarit des constructions hors-norme par rapport au cadre champêtre de ce village, déjà fort impacté par le nombre d'extensions agricoles. Le jeune agriculteur est au Conseil d'État.

Autre dossier au long cours, remontant au mayorat d'Adelin Mathieu : l'ancienne scierie d'Ermeton-sur-Biert, devenue chancre immonde. Son propriétaire, qui en voudrait des « millions », refuse de vendre. Le dossier est en Justice. 

Il n'y a par contre plus d'intrigues pour deux animations culturelles pondues par l'ex-échevin MR de la Culture : le marché africain de Ouagadougou et les Médiévales, qui ont été deux fours, et qui n'auront plus lieu.

 

Personne n’aurait imaginé voir, en 2012, le tandem Joly-Delforge aux commandes et c’est pourtant arrivé, il y a six mois. Un temps crispés, les deux hommes forts de la commune en nombre de voix, chacun plus de 1000, se sont découvert des affinités complémentaires. Une alliance qui devrait durer, à moins que Robert Joly ne décide d’arrêter, à 68 ans. ÉdA – 302352938939

Personne n’aurait imaginé voir, en 2012, le tandem Joly-Delforge aux commandes et c’est pourtant arrivé, il y a six mois. Un temps crispés, les deux hommes forts de la commune en nombre de voix, chacun plus de 1000, se sont découvert des affinités complémentaires. Une alliance qui devrait durer, à moins que Robert Joly ne décide d’arrêter, à 68 ans. ÉdA – 302352938939