La politique tient la route

29 oct 2017
Pierre Wiame
L'Avenir
Basse-Sambre, Une régionale du 28 octobre 2017

Sept élus manquants mais débat élevé, jeudi soir au conseil communal. Où l’on a théorisé pour Écolo l’art de faire de la politique…

Les deux élus MR ayant quitté fâchés la séance, pour «laisser la majorité entre amis», la perspective d’un débat vif s’évapore d’un coup. Heureusement, Écolo est là pour poser deux questions supplémentaires. Heureusement, Alain Boulanger entend partager à ses collègues un problème important et même gravissime à ses yeux en lien avec le renversement (inédit à Mettet) de la majorité initiale cdH-MR. Par contre, pas de retour sur l’évocation de Théo Francken par sa colistière au dernier conseil, ce qui ne l’empêche pas de pointer, en bref, des dérapages (verbaux) nuisant au fonctionnement de l’expression de la démocratie, qui mérite mieux. Pour lui, il n’est pas possible de faire table rase des blessures affectives, et toujours saignantes, de ce revirement.

L’écologiste de Maison (Saint-Gérard), récemment entré au conseil, ne fanfaronne pas: 3 élus, au dernier conseil, sont sortis dégoûtés du cénacle. Quoique… Politique rime aussi avec théâtre et cinéma. Et le bourgmestre Delforge et le 1er échevin Joly, routards de la politique, de rappeler des fondamentaux au novice insuffisamment cuirassé pour le job, inquiet et donnant l’impression de débarquer d’un monde de Bisounours. Faire de la politique, c’est quoi? L’art de la gestion de la cité suppose-t-il un débat ronronnant, sans confrontation virile, sans aspérité, sans tensions et sans éclats? Non bien sûr. Yves Delforge: «On ne peut aplanir des tensions liées au désaccord (parfois de principe) sur des décisions de la majorité.»

L’Écolo pensait avoir trouvé le remède à cette foire d’empoigne: l’instauration d’une présidence tournante du conseil, y compris par des membres de la minorité.

«À un an des élections, faire présider le débat par un membre de la minorité, ce n’est pas souhaitable. Ce serait d’ailleurs sans précédent…»

Robert Joly: «La polémique fait partie du débat démocratique, même si elle peut faire advenir des débordements et des mots durs dépassant la pensée. Il faut accepter l’affrontement, les idées qui s’entrechoquent.» Aussi les baffes dans la figure, les trahisons et les traîtresses tapes dans le dos, qu’il faut pouvoir encaisser et qui ont toujours été de l’Histoire. Les élus du XXIe n’ont rien inventé. La présidence tournante? «Une idée expérimentale concrétisée nulle part, qui serait révolutionnée en termes de mentalité.» poursuit Joly. Pourquoi les présidents d’assemblée sont-ils tous issus de leur majorité? Pour éviter blocages systématiques et débats viciés. «La présidence portée par une minorité pourrait se transformer en sabotage d’une majorité. Un président doit laisser la parole à tout le monde «et je pense que le bourgmestre est fort démocrate, qu’il laisse beaucoup la parole aux gens alors que dans d’autres communes, c’est plus expéditif». Fondamentalement, que l’on soit Écolo, MR ou PS, la soif du pouvoir et le potentiel abus que l’on peut en faire quand on le tient (la chaude actualité regorge d’exemples) habitent l’être humain.

Hameau du Lac: «Stop à la désinformation»

Une riveraine du Hameau du Lac (l’ancien parc résidentiel), Chantal Leroy, interpelle le collège comme la loi lui en donne le droit.

Dix minutes, pas plus, pour exposer le problème: la citoyenne semble s’insurger des efforts entrepris par les élus, à l’unanimité, pour faire disparaître les stigmates de la précarité au sein de l’ex-camping. Les travaux en cours de raccordements au réseau public d’eau courante seront achevés début décembre. Or, Chantal Leroy souhaite qu’on laisse aux riverains un délai supplémentaire de 6 mois (il leur revient en effet de réaliser eux-mêmes la tranchée) et qu’on arrête de les tracasser avec une notion aussi floue que l’insalubrité. L’oratrice a fait de son interpellation citoyenne un événement «facebooké», afin d’amener des concitoyens au conseil, mais elle ne représente qu’elle-même. Personne n’est là. Elle peut cependant compter sur la solidarité du groupe Écolo-Mettet, sur la liste duquel elle figurait aux dernières élections. «Il faut se mettre autour de la table pour penser un projet positif, non-excluant, pour résoudre l’accès au logement face à l’avenir incertain, et rassurer les personnes qui sont en désarroi» lance l’élu Boulanger.

Ces considérations font s’étrangler l’échevine Isabelle Doneux qui s’est empoignée du dossier dès son entrée au collège…. Reporter? «Irrespecteux, la vieille conduite d’eau est à peine enfouie au sol. Je ne veux plus voir des gens dégeler au chalumeau…» Et de poursuivre: «Tout est fait pour faire cesser la discrimination et faciliter la transition: rappels par courrier, réunions, permanences de l’assistante sociale, qui y est tous les jours… Il faut arrêter de stigmatiser ces habitants parce qu’ils sont contents. Arrêter la désinformation. Ceux qui rouspètent sont des spéculateurs. Mettet est pionnière et tout le monde a soutenu ce plan d’aménagement, y compris Écolo dont tu fais partie. Je ne veux plus voir des couvertures pour fermer les portes des caravanes ou des chalets. Il faut servir ces gens (qui ne sont pas là par choix) et qui sont optimistes plutôt que nuire. On fait des pas de géant là-bas, ça bouge» se fâche-t-elle.

L’échevine parle avec ses tripes.

Andrea Gagliardi, de la minorité (GA): «Oui, cette volonté communale est là, d’aider, mais il faut arrêter via les réseaux sociaux, de polluer la tête de ces citoyens» (allusion à Chantal Leroy). Robert Joly, pour conclure: «Moi, face à l’ampleur des travaux, là-bas, j’ai eu peur que les ouvriers communaux ne perdent leur âme. Il y a eu des blocages mais le résultat est extraordinaire.... Le paternalisme, c’est fini. Il faut traiter les habitants du Lac comme des citoyens à part entière et cesser de les victimiser.

On pratique là-bas la discrimination positive. Et on a voulu ça (les soutenir) tous ensemble…»

Le MR n’a pas respecté l’électeur

Alain Boulanger, dans sa bafouille, a évoqué la nécessité de respecter l’électeur. «Et les élus MR qui ont quitté la séance, ont-ils respecté leurs électeurs?» balance Fabien Dethier.

Le refus de leurs points supplémentaires? «Ils ont voté le règlement d’ordre intérieur, ils sont censés connaître les règles. Or, ils disent: j’envoie 24 heures à l’avance et puis, quoi? Le collège n’est pas capable d’apporter des réponses. Et parce que le collège dit vouloir reporter le débat, on se lève et on part, pour moi, ça, c’est un véritable manque de respect de l’électeur. Les électeurs d’Arnaud (Maquille) et de Valère (Toussaint), auraient dû être représentés ce soir et ils ne le sont pas.»

Laurent Dethier, renchérissant, à propos de points défendus par l’ancienne majorité (cdH-MR) et parfois même initiés par elle.

«Du jour au lendemain, le MR, reconduit dans la minorité, vote systématiquement contre. Est-ce encore respecter l’électeur?»

À Alain Boulanger encore, qui écoute religieusement: «En politique, on doit être capable d’exprimer son désaccord sur un point. Et, au point suivant, de reprendre une indépendance totale d’esprit, de partir sur autre chose et de faire progresser la commune.»

Des tensions? Bof bof. «Je n’ai pas le sentiment que, au cdH, on a envie d’avoir la peau des élus de l’ex-partenaire MR.»

Le collège opine du chef, sur le mode: «Puisque l’élu a bien parlé, on va (presque) boire un verre à sa santé…»

Coup de com? Le MR conteste: «Depuis que nous sommes dans l’opposition, nous avons toujours déposé nos points 24 h avant la séance. Verbalement la directrice générale nous a même signalé qu’il n’y avait pas de délai et que nous pouvions envoyer un mail jusqu’au mercredi soir. Mais elle s’est visiblement ravisée sous la pression de la majorité qui brandit un règlement. Alors que tous les points ont toujours été acceptés auparavant.» Objection du bourgmestre en début de séance pour justifier le retrait des points: «On ne travaille plus dans l’urgence, on programme.» Coup de com’du MR ont pensé d’autres.

Bonne soirée De Robert Joly aux deux élus MR quittant la séance d’un «Bonne soirée»: «Euh, le prochain conseil, c’est le 23 novembre mais vous n’êtes pas obligés de revenir…, faites comme vous voulez.»

Destructrice, rétrograde Attentives, ces deux employées travaillant à rendre l’habitat digne et salubre au sein du hameau du Lac. L’intervention citoyenne de Chantal Leroy nourrit de la méfiance. «Elle est destructrice entend-on. Rétrograde aussi, estimant que vivre de façon précaire relève de la liberté individuelle, et qui voit donc les efforts communaux comme une intrusion…

 

À Mettet, les élus ne sont pas des Machiavel mais parfois, malgré tout, ils peuvent se fâcher, puis rire ensemble.-ÉdA – 302344777182

À Mettet, les élus ne sont pas des Machiavel mais parfois, malgré tout, ils peuvent se fâcher, puis rire ensemble.-ÉdA – 302344777182

Isabelle Doneux: «Au hameau du Lac, la désinformation et la discrimination doivent cesser…»-ÉdA – 302344715533

Isabelle Doneux: «Au hameau du Lac, la désinformation et la discrimination doivent cesser…»-ÉdA – 302344715533