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Graux: téméraire industriel de la patate

17 mar 2018
Pierre Wiame
L'Avenir
Régions, Basse-Sambre, p1 du 17 mars 2018

À peine son permis en poche, l’agriculteur industriel de Graux fonce à plein gaz. La construction des deux hangars a débuté. Émoi.

Il n’y a pas de temps à perdre! Son permis de bâtir deux vastes hangars de stockage et de traitement de la pomme de terre ayant été obtenu de haute lutte administrative et politique, l’agriculteur-industriel Thomas Cnockaert a entamé les travaux. La ou les grues ont commencé à terrasser sous les fenêtres de riverains qui se sont mobilisés pour faire capoter cette entreprise de nature agro-industrielle à la lisière du village et de leur jardin.

Même s’il en a le droit, la célérité de l’entrepreneur à matérialiser son projet passe mal. D’abord parce que le commencement a priori précipité du chantier contrevient à une disposition du code de Développement territorial (Codt).

Le titulaire du permis est en effet tenu de fournir au collège communal, 20 jours avant le début des travaux, un plan d’implantation coté reprenant les limites du terrain, les chaises délimitant la future construction, les repères de niveaux ainsi que deux points de référence fixes permettant un contrôle a posteriori. Un plan qui doit être dressé et signé par un géomètre, puis signé par le demandeur, le maître d’œuvre et l’entreprise exécutrice. C’est fastidieux mais c’est le règlement, afin que l’implantation respecte à la lettre le permis. Selon ce CoDT, les travaux ne peuvent débuter qu’après cette ultime précaution administrative. Ce n’est peut-être qu’un détail mais, selon les riverains, il révèle dans le chef du jeune entrepreneur un état d’esprit arrogant, à tout le moins peu diplomatique au vu du contexte conflictuel de la délivrance du permis.

«Depuis le début, commentent les riverains d’une seule voix, nous disons que l’agriculteur se comporte comme un potentat sous son clocher. Ici encore, il démontre son habitude de passer en force et de faire ce qu’il veut.» Alertée jeudi de ce non-respect de la procédure, la commune a fait arrêter les travaux par la police. Mais, ce vendredi matin, au grand dam des riverains, et du bourgmestre dit-on aussi, le chantier de terrassement a repris, ce qui a fait à nouveau retentir les téléphones de colère et d‘inquiétude. En cours de journée cependant, les travaux ont cessé.

Le commencement du chantier passe aussi mal du fait que les riverains ont introduit un recours en extrême urgence devant le Conseil d’État, en suspension et en annulation du permis accordé par le ministre cdH Di Antonio. Recours qui doit être plaidé la semaine prochaine et qui devrait davantage commander de la prudence plutôt que de la témérité.

Soit le Conseil d’État n’annule pas le permis et tout pourra repartir. Soit il annule le permis et le chantier sera bloqué pour un temps plus ou moins long. À Boneffe (Éghezée), ministre et Conseil d’État se livrent ainsi une guerre d’usure (4 permis et 4 annulations) à propos d’un parc de 9 éoliennes dont la demande initiale remonte à… 2008. En attendant, sur le terrain, rien ne bouge.

Les riverains ne varient pas dans leurs motivations pour faire cesser le chantier: pour eux, ces deux vastes structures de stockage et de traitement de la pomme de terre n’ont plus rien à voir avec l’agriculture.

«On n’a rien contre l’agriculteur mais son projet, c’est de l’industrie agricole qui n’a pas sa place si proche d’un village.» Rencontré sur place hier matin, l’agriculteur n’a souhaité faire aucun commentaire.

Sur recours, le Conseil d’État pourrait annuler le permis du ministre et faire arrêter le chantier (qui a débuté). ÉdA – 40168014431

Sur recours, le Conseil d’État pourrait annuler le permis du ministre et faire arrêter le chantier (qui a débuté). ÉdA – 40168014431