Doneux : « Je n’ai trahi personne »

31 oct 2018
Sébastien Ponciau
La Nouvelle Gazette
Edition Sambre-Et-Meuse, p9 du 24 octobre 2018

La tête de liste ROPS, Isabelle Doneux, se défend suite aux attaques du bourgmestre ICAP.

Une attitude « scandaleuse, complotiste ». C’est ainsi qu’Yves Delforge, leader d’ICAP, a défini l’attitude de ROPS, après avoir appris que sa tête de liste avait participé, juste après la signature du pacte de majorité, à des réunions avec tous les autres partis (voir notre édition de ce mardi). Dans la foulée, le bourgmestre contactait Yves Lambot et signait avec sa formation Oxygène un nouvel accord de majorité. Sans ROPS, cette fois. Aujourd’hui, Isabelle Doneux répond…

Isabelle Doneux, il y a une semaine, soit un jour à peine après avoir signé un pacte de majorité avec ICAP, vous participez à une réunion avec tous les autres partis. Une trahison ? 

Ce n’est pas une trahison. Juste après la signature, le MR m’a sollicitée. On me demandait si j’étais sûre de vouloir aller avec ICAP, on me disait que nous allions nous faire avaler. Et le MR m’a demandé si nous étions prêts à discuter et à rencontrer les autres partis, Ecolo et Oxygène. J’ai accepté. Je n’ai jamais refusé de discuter avec quelqu’un. Connaître la vision des choses et les projets des autres partis est toujours instructif. Nous nous sommes rencontrés dès le mardi et revus le vendredi. Mes co-listiers m’avaient donné la mission d’envisager les alternatives possibles, et de répondre aux sollicitations des autres groupes. S’il y avait eu possibilité d’aboutir à un accord, bien sûr que nous y aurions réfléchi. Il y aurait eu cas de conscience, rejeter le gagnant des élections dans l’opposition a quelque chose de gênant. Et en même temps, tous, autour de la table, nourrissions la même volonté de changement. Mais nous n’en étions pas là. Nous devions nous revoir après le week-end, le temps de consulter nos bases respectives, pour faire le point. En 2017, lorsque nous avons décidé d’aller avec ICAP, nous n’avions pas agi autrement. Nous avions rencontré et discuté avec tout le monde. Ici, en écoutant les autres, je savais qu’Yves Delforge serait au courant. Mais ça ne m’a pas inquiété. Pour moi, je ne faisais rien de mal. Après la deuxième réunion, je l’ai d’ailleurs appelé pour lui dire que nous ne faisons qu’échanger. Qu’il n’y avait pas d’accord sur la table.

Sauf que là, vous signez avec ICAP puis seulement vous discutez avec les autres…

Tout d’abord, une signature de pacte ne devient officielle qu’à mi-novembre. Ensuite, les conditions qui ont abouti à cette signature ont été très mauvaises.

Que voulez-vous dire ? 

Le dimanche soir, personne n’était en état de négocier. Nous étions KO suite à nos résultats. Et chez ICAP, ils étaient euphoriques. Pour nous, c’était Robert Joly le négociateur. Je l’ai accompagné à la première rencontre de 22h. Mais plus à celle de minuit. Négocier à la va-vite au bord d’une table sur une feuille de papier, ça ne va pas, je ne le sentais pas. Il n’y avait pas urgence. Cela dit, malgré notre position de faiblesse, Robert est parvenu à nous obtenir deux postes d’échevins alors qu’ICAP n’en proposait qu’un. Durant la nuit, je reçois un SMS d’une élue ICAP qui me communique mes attributions d’échevine. Curieux, comme méthode. Le lendemain, je suis malade, complètement hors service. Je ne peux pas participer aux dernières discussions. Et à 16h, je reçois un appel de Robert Joly me disant qu’on signait à 18h.

Vous dites que vous aviez des réticences à signer aussi vite mais vous signez quand même…

Encore une fois, je l’admets, j’étais malade, je n’avais pas tous mes moyens. Mais j’avais quand même signalé à Robert que cette signature était prématurée, qu’il y avait encore trop de points d’interrogation. Il m’a dit de lui faire confiance, que tout cela se discutait après. Robert est mon mentor. Je n’ai pas son expérience des négociations. Je lui ai fait confiance mais, en même temps, je ne le sentais pas.

Regrettez-vous d’avoir écouté Robert Joly ? 

Je suis responsable de mes actes. Et j’ai toujours une totale confiance en lui. Mais, sur ce seul coup-là, je pense qu’il a voulu aller trop vite. A posteriori, je l’analyse ainsi. Il était le plus déçu d’entre nous parce que son score personnel marquait un désaveu qu’il ne méritait pas. Il voulait en finir au plus vite avec la politique. Négocier un accord puis, tout de suite, démissionner de son poste d’élu. Mais il ne voulait pas partir sur une mauvaise note, sans laisser un héritage. Pour lui, l’important, c’était de nous protéger. C’était que ROPS ne soit pas éjecté du pouvoir. Son sens de la loyauté à notre ancien partenaire a pu aussi jouer mais pas, je le pense, de façon prépondérante.

Selon vous, a-t-il eu peur qu’ICAP aille voir ailleurs ? 

Ce lundi, Philippe Lambot a déclaré qu’en fait, il y avait un accord préélectoral entre sa liste Oxygène et ICAP. Avec l’expérience qu’il a, il est possible que Robert l’eut pressenti.

Vous n’étiez pas contente de vos attributions, non plus…

J’aurais bien aimé garder mes matières. L’Enseignement, la Culture, le Tourisme, le Folklore… Ici, on me donnait l’Environnement. Pas de problème de principe, c’est aussi un domaine de prédilection. Mais jusqu’ici, avec ICAP, l’Environnement se limitait, en gros, à l’entretien des cimetières. J’aurais voulu sentir que, cette fois-ci, le programme serait plus ambitieux. On me donnait le gigantesque chantier de l’Abbaye de Brogne. Ok, mais en même temps quelqu’un d’ICAP me dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle sera bientôt vendue. Bref, c’est une compétence de fossoyeur en fait.

On me donne la réforme de l’administration qui, selon un audit, doit être rationalisée et modernisée. C’est un dossier que ROPS a porté jusqu’ici. Je ne pouvais pas dire non sur le principe. Mais je voulais avoir la certitude que tout le monde, au collège, tirerait dans le même sens. Je craignais qu’on me laisse m’essouffler pendant six ans puis que tout tombe à l’eau.

Durant la semaine passée, j’ai tenté de joindre Yves Delforge pour mettre ces points sur la table. Il ne m’a jamais répondu. Il ne peut pas aujourd’hui me reprocher d’avoir écouté des gens qui voulaient discuter avec moi alors que lui refusait.

Avez-vous été surprise par le ralliement d’Yves Lambot à ICAP ? 

Il nous a dit qu’il voulait, lui aussi, du changement. Mais maintenant qu’il a admis qu’il avait un accord préélectoral avec ICAP…

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