Des comptes imbuvables

30 mai 2015
Pierre WIAME
L'Avenir
Basse-Sambre - Sam 30 mai 2015 - p1

D’un côté, l’optimisme de l’argentier face aux comptes. De l’autre, une minorité toujours aussi inquiète. Au milieu, le peu de public, qui ne comprend rien.

Le compte 2014, ce n’est plus un budget, c’est la vérité des chiffres, dans toute leur crudité, vis-à-vis desquels on ne peut plus guère fanfaronner ou se gausser que ça ira mieux demain. Il faut donc les assumer.
 
Or, le compte 2014, signe de temps déprimé, est plombé. Pour la minorité, il est structurellement en déficit, de plus de 600 000€. Pour l’échevin des Finances Jacques Ruth, qui a fait de l’optimisme une règle de vie, voire un art, il faut faire attention, être vigilant mais pas question pour autant de parler de déficit. Après tout laisse-t-il entendre, un service public, telle que l’administration d’une commune, n’est pas génétiquement programmé à connaître tout le temps le velours financier.
 
Une certitude: les dépenses galopent plus vite que les recettes. L’argentier expliquera en outre que le pouvoir fédéral se fait tirer l’oreille à honorer ce qu’il doit. En effet, le compte 2014 souffrait d’un manque à gagner relatif à la non-perception de l’impôt des personnes physiques, pour un montant de plus de 657 000€. Ça change tout. Désormais, les communes doivent apprendre à faire des miracles et à jongler avec les retards du fédéral.
 
Pour l’échevin, la minorité se crispe dans une logique d’opposition dure: « Or, strictement comptablement, on maintient une situation normale, et saine, avec un boni global cumulé de 1.848.791€. Par rapport à 2003, (à l’époque de l’échevin Joly), nos fonds propres sont en augmentation et le patrimoine n’est pas dilapidé».
 
Si c’est limpide dans l’esprit de l’échevin, qui le défend passionnément, la minorité, elle, exprime son inquiétude dans toutes les langues. Et le public, lui, au milieu du gué, ne comprend rien.
 
Les chiffres calamiteux attisent un débat dense mais totalement confus. Imperméable, imbuvable et ennuyeux à moins d’être initié.
 
Les points de vue s’échangent avec franchise et respect. On s’écoute sans s’interrompre. Le bourgmestre Delforge et son échevin des finances donnent l’impression de plaider leur bonne foi. Ils ne sont pour rien à ce micmac surréaliste. C’est la faute à l’époque, à la crise…
 
«Moi, martèle Robert Joly (PS), échevin des finances de 2000 à 2006, j’aurais été malade d’avoir un compte en déficit. Certes, les temps ont changé et c’est dur pour tout le monde mais je pense que vous n’avez pas conscience de l’urgence à mettre en place un plan d’actions pour infléchir cette tendance négative . C’est notre job de vous le dire…».
 
Si, réplique Ruth, sans se démonter, «on serre la vis, et je bloque strictement des bons de commande quand le montant initial mis au budget est dépassé.» En outre, les bons de commande doivent être triplement contresignés, sous peine pour les fournisseurs de ne pas être payés dans les délais.
 
En face, Andréa Gagliardi (Gérer autrement) complimente la synthèse analytique signée de la directrice financière tout en lui reprochant l’absence d’une conclusion critique. «Trois petites lignes de conclusion, qui ne pointent pas les faiblesses, ça ne me convient pas». Au bout du compte, impossible, pour un non-initié, de savoir si la majorité édulcore, si elle crâne fièrement, ou si la minorité fait du théâtre par excès de catastrophisme. À tout le moins, celle-ci laisse entendre que, confrontée au même contexte, elle privilégierait une autre gestion.