Budget : « Vous voulez que je relise… »

20 déc 2014
Pierre Wiame
L'Avenir
Basse-Sambre, 20 déc 2014

L’examen du budget 2015, très étriqué, laissant peu de marge de manœuvre, a divisé majorité et minorité, dans un débat décousu mais joyeux.

À si­tua­tion grave et in­quié­tante, le conseil com­mu­nal a choi­si de gar­der le sou­rire et le mo­ral. Comme sur le Ti­ta­nic, le ba­teau coule un peu mais l’or­chestre joue et les pas­sa­gers prennent un bran­dy.

Le bud­get 2015 re­flète en ef­fet l’état d’un pou­voir com­mu­nal at­ta­qué de toutes parts, par le sort et par tous les élé­ments fé­dé­raux, souf­flant fort de­puis Bruxelles. Met­tet n’est pas iso­lée dans la tem­pête. Va fal­loir faire plus avec moins: c’est l’hy­per-syn­thèse de ce bud­get.

Pour le CPAS, et en dé­pit de l’ar­ri­vée im­mi­nente de 75 nou­veaux cas de pré­ca­ri­sa­tion, sa pré­si­dente Fran­çoise Lé­glise a choi­si de main­te­nir la do­ta­tion com­mu­nale à son ni­veau de 2014: 1 200 000€. Et de pui­ser 165 000€ dans les ré­serves, ce qu’elle re­grette. Pour le reste, on ver­ra en che­min.

La pho­to­gra­phie 2015 des fi­nances com­mu­nales, après ré­vé­la­tion des es­ti­ma­tions de dé­penses et de re­cettes, fait ap­pa­raître un tout pe­tit boni glo­bal de… 21 000€. Le prix d’une pe­tite voi­ture stan­dard en somme. Pour y ar­ri­ver, l’ar­gen­tier a dû un peu alam­bi­quer son ou­vrage, tel un chi­miste, un fou du labo.

La mi­no­ri­té Rops (PS), qu’on a connue plus cri­tique sur le coup, et plus struc­tu­rée, pense que, au vu de la pho­to de 2014, ce sera illu­soire. Pas­sée au mou­li­net de la réa­li­té du ter­rain, celle-ci a ef­fec­ti­ve­ment été sur-ex­po­sée à hau­teur d’un gros mil­lion d’€.

Le dé­bar­que­ment de Da­mien Floy­mont dans le dé­bat, re­mon­té comme un cou­cou, a élec­tri­sé ce­lui-ci, jusque-là consen­suel. D’abord, il a flin­gué la forme de la pré­sen­ta­tion. Comme à son ha­bi­tude, l’éche­vin des Fi­nances Jacques Ruth, qui a jon­glé toute sa vie avec des chiffres, a «as­som­mé » son au­di­toire. Sa lec­ture sur­vo­lante d’un do­cu­ment bien tas­sé de 11 pages a mis KO de­bout Da­mien Floy­mont qui, noyé dans les chiffres, a dé­plo­ré un «in­vrai­sem­blable fouillis ».

Des plus et des moins

«Tu nous as dé­bo­bi­né une fa­meuse bo­bine. Je suis peut-être plus lent que vous mais j’es­père qu ‘on va re­bo­bi­ner et s’ar­rê­ter sur des sé­quences » a-t-il en­voyé à Jacques Ruth. Et ce der­nier d’iro­ni­ser: «…­mais c’est tel­le­ment clair pour­tant. Vou­lez-vous que je re­lise, page par page, nous avons le temps ». Sur­tout pas re­lire Jacques, sur­tout pas, a ri­go­lé l’as­sem­blée. La mi­no­ri­té est consciente que la marge de ma­nœuvre est étroite pour ne pas dire nulle. Que cer­taines dé­penses – (pour la po­lice et les pom­piers no­tam­ment) – vam­pi­risent le bud­get alors qu’en face, les re­cettes de­viennent aléa­toires et vo­la­tiles.

Luc Van­der­wey­den (ROPS) ne sent pas, lui, dans le bud­get, une réelle vo­lon­té de neu­tra­li­ser cer­tains postes de charges. Et il s’est dit tris­te­ment in­ter­pel­lé par l’aug­men­ta­tion de la do­ta­tion à la Zone de po­lice de l’ordre de 6,6%. «On vire da­van­tage vers l’état po­li­cier que vers l’état so­cial… » En fait, c’est sur­tout dû à l’aug­men­ta­tion des co­ti­sa­tions pa­tro­nales. «Rien à faire, on doit les payer » sou­li­gna le maïeur. Con­fron­té à un feu d’ar­ti­fices, Fa­bien De­thier, entre deux que­relles d’ex­perts, a bien ten­té de faire œuvre de sim­pli­fi­ca­tion et de pé­da­go­gie. «Il faut sé­rier les ques­tions. Les choses sont très simples dans un bud­get, ce sont des plus et des moins». En vain. Même la di­rec­trice fi­nan­cière, pré­sente dans l’as­sis­tance, est ap­pe­lée à la res­cousse pour éclai­rer ça et là les lan­ternes.

Si le bud­get a bel et bien été voté ma­jo­ri­té contre op­po­si­tion, il n’a par contre pas vrai­ment été cri­ti­qué, en l’ab­sence re­mar­quée des deux ha­bi­tuels ton­tons flin­gueurs, Ro­bert Joly (ROPS) et An­dréa Ga­gliar­di (Gé­rer au­tre­ment).

La mi­no­ri­té a per­du pas mal de temps à es­sayer de com­prendre et de dé­mê­ler des fils sa­vam­ment croi­sés. D’ailleurs, Jacques Ruth, ex­pri­mant plus d’une fois sa sur­prise de­vant au­tant d’in­com­pré­hen­sion, alors que tout était clair dans sa tête, s’est une ul­time fois écrié: «Vou­lez-vous que je re­com­mence? »