Graux: les hangars devant le Conseil d’État

6 mar 2018
Pierre Wiame
L'Avenir
Régions, Basse-Sambre, p2 du 6 mars 2018

Amers, déçus et inquiets, les citoyens opposés à l’érection de deux hangars «industriels» vont aller en recours devant le Conseil d’État.

Retour sur ce projet controversé qui oppose (depuis l’été 2016), à Graux, un cultivateur et une dizaine de riverains: la construction, en zone agricole, contiguë à une zone d’habitat à caractère rural, de deux vastes hangars de stockage et de traitement de tonnes de pommes de terre. La semaine dernière, sur recours du cultivateur et en dépit d’avis clairement défavorables (du collège et de son administration), le ministre cdH de l’Aménagement du territoire Carlo Di Antonio a donné son feu vert au projet.

Les riverains ont aussitôt taillé un costume au ministre, l’accusant d’avoir cédé à des influences politiques et accepté cette importante coulée de béton à la légère, sans prendre la mesure de ses conséquences pour la qualité de vie.

Il est désormais certain que les riverains, en désespoir de cause, vont introduire un recours (en suspension du projet et en extrême urgence ) devant le Conseil d’État. Parce que, disent-ils, ces deux hangars impacteront considérablement leur cadre de vie et leur droit à la tranquillité, par leur nature industrielle et leur disproportion compte tenu de leur emprise au sol: plus de 4000 m2.

«On peut accepter toutes les retombées sonores et olfactives d’une activité agricole normale mais pas celles d’une industrie de la pomme de terre» disent-ils depuis le début. La décision méritait au moins que le ministre s’y attarde sérieusement, pour son caractère définitif. À moins d’une catastrophe thermonucléaire, les deux hangars sont promis à l’éternité. Si Graux vit beaucoup de l’agriculture, jusqu’à compter 11 hangars à sa périphérie, jamais un projet d’une telle ampleur n’avait été jusqu’ici déposé et osé.

La question (posée en urgence) de la députée PS Éliane Tillieux, jeudi dernier, sur ce qui a pu motiver le ministre à s’asseoir sur l’avis des riverains, n’a pas reçu une réponse à la hauteur de l’enjeu: le respect de l’environnement, de la ruralité, du cadre de vie, qui ne mérite pas de coups de poing dans la figure. «Des dossiers comme celui-là, nous en traitons des centaines par semaine» a dit Di Antonio au parlement, comme pour se dédouaner, mais en laissant penser que la question n’a pas été profondément analysée et que sa décision ne résulte absolument pas d’un choix réfléchi et solidement argumenté. «On a juste copié-collé les avis, on ne voit pas la logique» déplorent des riverains, à présent certains que la politique s’acoquine de petits arrangements entre amis. Leur chance de faire modifier le cours du projet contesté dépendra de leur capacité à démontrer une flagrante atteinte à leur cadre de vie.

Le cultivateur-entrepreneur s’empressant d’entamer les travaux, lui, le fera au risque de devoir peut-être faire marche arrière.

Si le ministre peut sans état d’âme s’asseoir sur les avis de citoyens insignifiants, si éloignés de son fief, c’est plus délicat d’envoyer paître les sages juristes du Conseil d’État.

Lobbying

Commentaire de Pierre Wiame

Pierre Wiame

Selon nos informations, en matière d’urbanisme, l’interférence politique est plus la règle que l’exception, quelle que soit la couleur du ministre. L’environ-nement pèse finalement peu voire rien du tout. Victoire à celui qui aura les meilleures cartes, comme au poker, les étiquettes politiques du moment dans sa manche. Carlo Di Antonio ne peut pas connaître le dossier de Graux, si loin de son Borinage. Il n’est pas qualifié à décider seul dans sa tour d’ivoire. D’abord, il n’est pas allé sur le terrain. Il n’en a qu’une vue réduite. Son cabinet a donc dû consulter, passer des coups de fil à des élus cdH, peut-être au maïeur de Mettet. La motivation qui est tue, c’est d’abord l’avantage politique qu’un parti a à accepter ou à refuser. Mais on refuse (rarement) à des amis ou à des sympathisants. À Graux, les riverains croient savoir que l’affinité du cultivateur avec le MR l’a poussé à intervenir chez le ministre-président Borsus. Cependant, il arrive que des opposants parviennent à avoir le bras encore plus long, quand ils sont nombreux et issus du giron du décideur. On appelle ça du lobbying.

 

Les riverains ne veulent plus assister à cela: la dangereuse traversée de leur village par des poids lourds. ÉdA – 40134860037

Les riverains ne veulent plus assister à cela: la dangereuse traversée de leur village par des poids lourds. ÉdA – 40134860037

Commentaires

Portrait de wambach
Soumis par wambach le

Bonjour,

Je lis votre site et je constate que nous faisons face au même problème dans notre commune concernant les nuisances sonores et la pollution intensive liée à la présence de ces hangars
Nous avons constitué un groupe de riverains d'une centaine d'habitants .
j'ai été alerté de la pollution chimique par la mort de toutes nos ruches (80) sur la commune.
Il serai bien que nous vous faisiont part des résultats des analyses ainsi que de notre modus vivendi dans cette affaire.Je crois que nous devons nous unir face à de telles situations
Pourriez vous me contacter à ce sujet?
0491565605
A bientôt

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.